Bible et zazen / L'homme riche (Mc 10,17-27) / "Vie" et "Amour"
MàJ 11 octobre 2015      

"Vie" et "Amour" : trois mots grecs pour un mot français

"Vie""Amour" ou "Aimer"
βίος / bios traduit le niveau biologique, animalέρως / érôs exprime un amour charnel, une attirance. Il n'est pas utilisé dans la Bible.
ψυχή / psyché est souvent traduit par âme.φίλος / philos exprime l'amitié.
ζωη / Zoé est la plupart du temps associé à l'adjectif αἰώνιος / éternel dans le nouveau testament.
La vie éternelle n'est pas la vie après la mort, mais la vie divine, la vie en Dieu.
ἀγαθός / agathos exprime dans la Bible un amour divin.
On peut aussi le traduire par bon, en notant qu'un autre adjectif,
καλός / kalos, signifie bon ou beau (Dieu vit que cela était bon).

Exemples:

Qui aime sa vie (ψυχή / psyché) la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie (ζωη / Zoé) éternelle. [Jn 12,25]

Mon âme (ψυχή / psyché) est triste à mourir. [Mc 14,34]. C'est en effet sa "ψυχή / psyché" que le Christ donne. [voir aussi Mt 20,28 et Mc 10,45]

« Simon, fils de Jean, m’aimes-tu (ἀγαθός / agathos) vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime (φίλος / philos). » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu (ἀγαθός / agathos) vraiment ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime (φίλος / philos). » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. » Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? (φίλος / philos) » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? (φίλος / philos) » Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime (φίλος / philos). » [Jn 21,15-17]

Cette distinction qui n'existe pas en français est importante pour le discernement spirituel. Des sensations (niveau βίος / bios) ou des sentiments (niveau ψυχή / psyché) agréables ou désagréables sont terrestres, relatifs. Le bien véritable est à un autre niveau. C'est celui auquel se situe Jésus en disant : Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. [Jn 14,27]

Vie "éternelle"

Le mot français "éternel" est souvent compris comme "Qui est hors du temps" (c'est d'ailleurs le début de la définition du dictionnaire "Le Robert"). D'un point de vie biblique, c'est un contresens majeur grave de conséquences.
Le mot grec αἰών (éternité) traduit l'hébreu עוֹלָם / ôlam qui emporte l’idée de temps de durée indéfinie ou incertaine. La première occurrence de ce mot l'associe à l'arbre de vie : Puis le Seigneur Dieu déclara : « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous par la connaissance du bien et du mal ! Maintenant, ne permettons pas qu’il avance la main, qu’il cueille aussi le fruit de l’arbre de vie, qu’il en mange et vive éternellement ! ». [Gn 3,22]

La vie éternelle n'est pas la vie hors du temps, une récompense pour plus tard que nous pourrions mériter (cueillir), mais c'est la vie "divine" qui nous est donnée aujourd'hui et maintenant.
Nous sommes des êtres deux bouts, enracinés en terre (ψυχή / psyché) et reliés au "ciel" (ζωη αἰώνιος / Zoé aionos).
Nous n'existons pas seuls. Nous sommes créés deux bouts, c'est à dire relation. L'essence de notre être est relation. Nous sommes appelés à vivre l'unité, à devenir comme le Dieu UN qui n'est pas seul mais qui est amour (ἀγαθός / agathos).
Le "ciel" est en nous. L'unité (ou communion) à vivre concerne notre être (corps, âme et esprit), la relation aux autres et la relation au Tout Autre.
JE SUIS (YHVH qui se révèle à MoIse au buisson ardent) est une belle manière de nommer l'homme unifié.

Retour à Mc 10

L'homme riche qui accourt vers Jésus l'appelle bon maître. [Mc 10,17]. Il voit en lui un enseignant, un maître de sagesse, et non pas le kurios / Seigneur. Qualifier un enseignant de bon (ἀγαθός / agathos) est incohérent, Jésus le reprend à juste titre. L'homme supprime alors l'adjectif bon et garde le titre de maître / enseignant. [Mc 10,20]. Il n'a pas reconnu le Fils de Dieu.
Il ne remarque pas que Jésus ne cite que 6 commandements, ceux qui sont de l'ordre d'une morale terrestre, et passe sous silence ceux qui concernent Dieu !

Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. [Mc 10,21]. Poser son regard n'est pas le verbe ὁράω / orao qui exprimerait un voir intérieur, tourné vers le "ciel", mais le verbe βλέπω / blépo qui exprime un regard extérieur, tourné vers la terre. Jésus se fait proche, et il l’aima (ἀγαθός / agathos). Il lui donne d'expérimenter l'amour divin !

Mais au lieu de bondir de joie, l'homme devint sombre et s’en alla tout triste. Il semble y avoir échec, pourquoi ? Le texte nous dit : car il avait de grands biens.

Et nous revoilà partis à moraliser, à juger. Nous cherchons ce qu'il aurait dû faire et qu'il n'a pas fait.
En jugeant l'homme – il aurait dû obéir à Jésus et donner tous ses biens aux pauvres -, nous nous jugeons nous-mêmes : nous sommes bien incapables de pousser l'héroïsme au niveau que Jésus semble fixer.
Nous ne comprenons plus. L'homme aurait-il mieux fait de ne pas venir à la rencontre de Jésus ?
Jésus affirme un peu plus loin : Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. [Mc 10,27]. S'il le savait, pourquoi a-t-il demandé à l'homme riche l'impossible ? Serait-ce du sadisme ?

Aveuglés par nos préjugés, nous condamnons l'homme riche qui n'aurait pas su donner ses biens aux pauvres… alors que le texte ne dit ni qu'il ne l'a pas fait, ni qu'il n'a pas ensuite suivi Jésus !

Marc nous tend alors une perche étrange avec l'image d'un chameau qui devrait passer par le trou d'une aiguille… Essayons de comprendre.

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