Société de consommation / Banques et assurances / Les complémentaires santé
MàJ 1 février 2017      

Les complémentaires santé sont chères. Leur intérêt douteux.
Leur opacité totale.

La sécurité sociale malade

Créée au lendemain de la guerre dans un contexte de plein emploi (il fallait reconstruire), elle a apporté d'immenses progrès : la moitié des français n'avaient aucune sécurité en cas de coup dur, et pas de retraite. Elle a aussi rencontré des difficultés :
  • Certains ont refusé de s'intégrer au régime général (monde agricole, indépendants, particularités en Alsace-Moselle...)
  • La moitié des médecins sont restés libéraux. En obtenant de pouvoir appliquer des dépassements d'honoraires, ils ont eu le beurre et l'argent du beurre.
  • Les partenaires sociaux n'ont pas assumé leur responsabilité d'arbitrer pour maintenir l'équilibre financier. L'endettement actuel fait que "la sociale" est la proie des créanciers, du monde de la finance.
  • Le citoyen perçoit les remboursements comme un dû, et non pas comme le fruit d'un mécanisme solidaire qu'il importe de défendre. Non syndiqué, il n'a pas confiance dans les instances représentatives.
  • Une gestion par des instances professionnelles et un financement basé sur les revenus du travail correspondait à une société de plein emploi qui n'est plus. De nouvelles formes de travail apparaissent.
  • L'existence d'un "plafond de la sécurité sociale" à partir duquel les cotisations sont réduites est une entorse au principe de solidarité.
  • Des laboratoires pharmaceutiques en situation de monopole imposent des prix pharaoniques. Le Sovaldi, traitement de l'hépatite C, commercialisé par la labo américain Gilead, est passé en France de 57000 € à 41000 €, alors que hors coup en bourse (rachat de la start-up qui l'a mis au point pour 9,? milliards), son coût de fabrication est de 100 €.
Au lieu de corriger ces défauts, on va vers un système social à but lucratif. Le monde est fou.

Solidarité ?

Au début de ma carrière professionnelle, les syndicats m'ont présenté l'adhésion à la mutuelle des PTT (devenue aujourd'hui mutuelle générale) comme allant de soi. Certes, quand on est jeune et en bonne santé, les cotisations sont plus élevées que les remboursements, mais un accident est toujours possible. Et il y va de la solidarité avec les plus faibles.

Gaspillage d'énergie pour gérer les centimes

Depuis 40 ans, je paye quelques dizaines d'euros par mois, et l'on me rembourse quelques euros par mois. Quel est le sens de cette activité ? Je n'en vois pas d'autre que de maintenir l'emploi à la mutuelle générale (et/ou à la sécurité sociale, voir un exemple de relevé !).
Le 16 juin 2015, je reçois un courrier m'avisant d'un changement. Dorénavant, mes relevés sont plus détaillés ! Ils précisent la part d'honoraires de dispensation du pharmacien. Voir un exemple. Noyé dans les détails, je ne pouvais déjà rien y comprendre, l'enfumage n'était-il pas suffisant ?
Quand le système de santé rembourse moins, il paraît, selon les médias, que les assurés sociaux se plaignent. La publicité les aurait-elle lobotomisés au point qu'ils ne voient plus la réalité ?

J'aimerais une mutuelle se limitant à rembourser les vrais coups durs : hospitalisations, traitements dont le prix dépasse l'équivalent de 5 années de cotisation. Et si la sécurité sociale faisait de même, que d'économies ! On ne soupçonnerait plus les patients d'abuser d'un service "gratuit". Serait-ce trop difficile à mettre au point ?

La solidarité les yeux fermés

Je paye 1057 € par an de cotisation mutualiste (2 personnes, 2017). J'ai choisi l'option la moins chère, parmi trois. Jamais je n'ai eu un bilan faisant état du total des remboursements de l'année. Je peux constater que j'ai été remboursé de 450 € par an en moyenne depuis 5 ans, mais ce chiffre n'a pas de sens : il inclut la partie "sécurité sociale" que ma mutuelle gère et n'inclut pas la partie "tiers payant". Y voir clair m'obligerait à des calculs fastidieux.
"Remboursement à 100%",
Soit une consultation de 50 € (secteur à honoraires libres).
La SS remboursera 70% du TC (Tarif de Convention)
qui est de 23 €, soit 16,10 €
La mutuelle complètera pour arriver à 100%... du TC !
27 € (+ 1 €) resteront donc à votre charge.

Quand il s'agit d'une couronne à 3000 €
et que la SS rembourse quelques dizaines d'euros,
un remboursement à 100% veut dire que 99%
des frais resteront à votre charge !!!


Les mutuelles vous diront que tout le monde comprend.
Mais alors, pourquoi présenter les choses ainsi ?

J'ai demandé à ma mutuelle une synthèse annuelle :
- Total de mes dépenses de santé,
     - dont pris en charge ou remboursé par la sécurité sociale,
     - dont pris en charge ou remboursé par la mutuelle,
     - dont resté à ma charge.
On m'a gentilment rappelé pour me dire que je pouvais faire un suivi moi-même !

Certains font confiance à l'esprit mutualiste. Mais avec la concurrence d'assurances privées à but lucratif, les contrats illisibles, et des frais de gestion + commerciaux + bénéfices qui atteignent jusqu'à 30% des cotisations, la confiance est impossible.

Au pays des libertés, la complémentaire santé est devenue obligatoire.
L'État paye même celle des plus démunis !!!
C'est la solidarité imposée avec les puissances de l'argent.

Voici un extrait du compte-rendu de l'AG de la mutuelle générale :
En 2010, La Mutuelle Générale a commencé à engranger les résultats de sa croissance sur le marché des particuliers et conforte sa position sur le marché des contrats collectifs... Patrick S. a salué de bons résultats en matière de développement... La Mutuelle Générale a conforté sa solidité financière. Le niveau de ses fonds propres s’élève à 576 millions d’euros... Avec des provisions qui atteignent 1 milliard 350 millions d’euros... Vous avez dit solidarité ?
Selon un rapport de la Cour des comptes cité par "Que choisir" (N°518 d'octobre 2013), les frais de gestion de la CNAM sont de 5,4% des dépenses de l'assurance maladie, alors qu'elles sont de 25,4% pour les organismes complémentaires. Transférer vers les complémentaires santé des prises en charge essentielles ou obligatoires veut dire faire payer davantage de frais généraux et de publicité aux usagers.

Les laboratoires font la promotion de leurs médicaments,
les nouveaux, bien sûr, sous brevets.
La sécurité sociale tente de limiter la consommation
et de promouvoir les génériques.
Qui paye cette double publicité ?

Vers moins d'équité

Le discours anti-impôts oublie de parler des cotisations obligatoires aux complémentaires santé. Il porte ses fruits vénéneux : la sécurité sociale se désengage au profit de solutions plus onéreuses. Mais il y a pire.
Dans un champ de bataille opaque (qui est capable de comparer les tarifs des offres concurrentes ?), on se bat par tous les moyens (marketing téléphonique ciblé...). Les manoeuvres consistent à séduire les clients jeunes et en bonne santé avec des tarifs attractifs sur des prestations non vitales (lunettes...). Les cotisations, non seulement ne sont plus un pourcentage des revenus (mécanisme solidaire), mais sont plus élevées pour les personnes à risque, les vieux...
Comment les mutuelles soucieuses d'équité et qui font le même tarif pour tous pourront-elles résister ?

Un phénomène semblable touche les hôpitaux publics. Les cliniques privées raflent les soins les mieux payés, et leur laissent les maladies chroniques peu rentables. Quand il faut en plus payer un loyer pour des bâtiments financés dans le cadre d'un Partenariat Public Privé qui laisse la porte ouverte à une facturation exhorbitante de frais annexes, l'hôpital est obligé de recourir à des expédients regrettables : surfacturation des chambres individuelles, accueil de riches étrangers, recours à du personnel étranger sous-payé...