Bible et zazen / Parabole des talents (Mt 25,14-30) / Suite 3
MàJ 17 novembre 2011      
Sodome (Gn 18,22...)
Le Seigneur se tenait encore devant Abraham. Celui-ci s'approcha et dit : Vas-tu vraiment supprimer le juste avec le pécheur ? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville.
Abraham a obtenu le pardon de la ville pour 50, 45, 40, 30, 20 et même 10 justes...
il s'est arrêté là, et Sodome a été détruite.

Le décompte ne serait-il pas ici poursuivi : 5, 2 et finalement un juste qui a pris sur lui le péché du monde ?

Parabole des talents, les deux premiers serviteurs

Apparemment pas de problème avec eux, ils œuvrent aussitôt avec les talents reçus, et se font féliciter.
Sauf que bien des commentateurs prennent le mot "talent" au sens de qualités et capacités, notamment spirituelles. Or, en grec et dans la Bible, il n'a jamais ce sens : c'est une unité de poids ou une unité monétaire.
Et si le maître est une image de Satan, la joie des serviteurs serait celle d'une prison dorée, et non pas la liberté des enfants de Dieu !

Il me revient la pression sociale et religieuse de mon enfance pour être un bon élève et un bon chrétien. J'ai assez bien réussi dans cette course au meilleur. Je raflais les premiers prix (de maths et de catéchisme !), soulagé d'être irréprochable... mais mal à l'aise en pensant aux autres, ceux qui peinaient.
Plus difficile que la mauvaise conscience, le prix que j'ai payé, c'est un horizon limité à la recherche d'être conforme à ce que l'on attendait de moi. Être bien vu et non pas être moi-même, voilà l'impasse, l'esclavage dans laquelle je me suis fourvoyé et dont je n'ai pris conscience qu'il y a une dizaine d'années. La vraie joie n'était pas au bout de ce chemin.

Je vois assez facilement les deux premiers serviteurs engagés dans une course stressante vers le toujours plus : tu as été fidèle pour peu de choses, je t'en confierai beaucoup. Je te donne une médaille et cette fois-ci 1000 talents à faire fructifier. La logique du rendement prévaudrait aussi dans le domaine spirituel ? Cela ne ressemble pas à ce que dit Jésus : Mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger (Mt 11,30).

Mais alors, que faire ? Que faire de mes talents ? Ne pas les développer ou les laisser inemployés est évidemment stérile, coupable. J'ai à investir pleinement mes capacités au service des autres, à accepter les responsabilités, les risques.
Voilà que je me mets à sentir dans cette formulation la mauvaise odeur du riche (que je serais), capitalisant mes talents pour être généreux envers le pauvre (que seraient les autres). Le mélange en moi du bon grain et de l'ivraie est un fouillis inextricable que je ne peux démêler.
Je suis incapable de m'en sortir seul. Une seule solution : suivre celui qui appelle non pas les justes, mais les pécheurs (Mt 9,13). Non pas pour qu'il me rende parfait, mais pour aimer et être aimé dans mon état de pécheur.
La vraie joie, n'est-elle pas d'être aimé comme je suis, sans condition ?

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