Bible et zazen / Le serviteur avisé (Mt 24,45-51) / Au fil du texte
août 2011      
Avançons maintenant pas à pas, éclairons les images avec des correspondances.

Les personnages

Un maître.
Des serviteurs/esclaves, domestiques de la maison du maître. C'est le mot "doulos" qui est employé, alors que d'autres mots grecs ont une connotation différente : serviteur/enfant, serviteur/diacre, serviteur/intendant.
Un serviteur/esclave fidèle (le mot exprime la confiance, la foi) et malin qui a un rôle particulier.

Un bon serviteur ?

La fonction de l'esclave fidèle peut faire penser à Moïse, chargé de nourrir le peuple qui a faim dans le désert.
Les fils d'Israël aussi se mirent encore à pleurer, et dirent : "Qui nous fera manger ?" (Nb 11,4-5)... Il n'en est pas ainsi de mon serviteur Moïse, qui est fidèle dans toute ma maison. (Nb 12,7)

Le Christ est présenté comme un nouveau Moïse dans l'épître aux hébreux : C'est pourquoi, frères saints participants à l'appel céleste, considérez l'apôtre et le souverain sacrificateur de notre confession, Jésus, qui est fidèle à celui qui l'a établi, comme Moïse aussi l'a été dans toute sa maison. Car celui-là a été jugé digne d'une gloire d'autant plus grande que celle de Moïse, que celui qui a bâti la maison a plus d'honneur que la maison. Car toute maison est bâtie par quelqu'un; mais celui qui a bâti toutes choses, est Dieu. Et Moïse a bien été fidèle dans toute sa maison, comme serviteur, en témoignage des choses qui devaient être dites; mais Christ, comme Fils, sur sa maison ; et nous sommes sa maison, si du moins nous retenons ferme jusqu'au bout la confiance et la gloire de l'espérance.(He 3,1-6)

La vraie nourriture est la Parole qui sort de le bouche de Dieu (Mt 4,4). Elle est donnée au temps convenable : J'ai encore beaucoup de choses à vous dire; mais vous ne pouvez les supporter maintenant (Jn 16,12).

Mais quelle sorte de nourriture donne l'esclave fidèle ?
Dieu dit : Voici, je vous ai donné toute plante portant semence, qui est sur la face de toute la terre, et tout arbre dans lequel il y a un fruit d'arbre, portant semence ; cela vous sera pour nourriture. (Gn 1,29 traduction Darby)
Et la femme vit que l'arbre était bon à manger... elle en donna aussi à son mari pour qu'il en mangeât avec elle, et il en mangea. (Gn 3,6 traduction Darby)

Il y a des cadeaux empoisonnés...

Au plan du vocabulaire, Matthieu n'a pas employé le mot serviteur/intendant du livre des Nombres, mais celui d'esclave. Pour s'en démarquer ? Esclave de qui ou de quoi ?

Quoi qu'il en soit, le maître se fie aux apparences et donne de l'avancement à l'esclave qui fait bien son travail.
A moins qu'il ne fasse comme d'habitude, s'il est celui qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et envoie sa pluie sur les justes et sur les injustes (Mt 5,45).

Un mauvais esclave ?

Le verset 48 semble mal rédigé. Après avoir envisagé que le serviteur/esclave fasse bien son travail, l'alternative commence par Mais si ce méchant esclave-là....
J'aurais mieux compris "Mais si cet esclave-là se comporte méchamment".
Matthieu qualifie l'esclave de méchant indépendamment de son comportement... La méchanceté qui se révèle était déjà présente, mais cachée ?

L'esclave se met à battre ceux qui sont esclaves avec lui. Le verbe grec traduit par "battre" n'est utilisé qu'une autre fois par Matthieu : Et ayant craché contre lui, ils prirent le roseau et lui en frappaient la tête (Mt 27,30). Sa première occurence dans l'ancien testament concerne Moïse qui vit un homme égyptien qui frappait un Hébreu d'entre ses frères (Ex 2,11).

Manger et boire avec les ivrognes aurait pu s'appliquer à Jésus qui mange avec les publicains et les pécheurs (Mt 9,11). Mais profiter hypocritement de l'absence du maître pour battre les domestiques, non ! Remarquons simplement que le mot grec traduit ici par "méchant" n'est pas le même que celui qui qualifie le 3ème "mauvais" serviteur de la parabole des talents (Mt 25,26). Une invitation à les distinguer ?

Un étrange sort

Un sort qui tombe sur l'esclave à l'improviste.
Il est d'abord coupé en deux. Il y aurait donc en lui une "moitié" récupérable ? Cela nous ressemble, ni vraiment bons, ni franchement mauvais...

Ensuite, le maître met sa part avec les hypocrites.
De la bouche du Fils de l'homme sort une épée acérée, à double tranchant (Ap 1,16). La parole du Verbe coupe en deux, sépare les brebis des boucs (Mt 25,32) - chez les hypocrites, elle pourrait séparer l'apparence de la réalité.
Une part, l'apparence (qui n'est qu'un fantôme sans vie), est donnée aux hypocrites qui en feront leurs choux gras, peut-être la canoniseront.
L'autre part ? Serait-elle destinée à la Vie éternelle ?

Douze fois déjà, dans l'Évangile de Matthieu, Jésus a démasqué l'hypocrisie : à propos de l'aumône (6,2), de la prière (6,5), du jeûne (6,16), du souci de rendre les autres meilleurs (7,5), des dons au temple (15,7), de la résistance à l'occupant romain (22,18). Et enfin dans les six anti-béatitudes : Malheureux êtes-vous, scribes et Pharisiens hypocrites… (Mt 23,13-29).
Il le fait ici une dernière fois. Cette parabole nous dit la bonne nouvelle du salut des riches, des pharisiens. La victoire finale sur l'hypocrisie.

Rendons gloire à Dieu.
Lectio - Meditatio - Oratio - Contemplatio. Notre méditation nous amène tout naturellement à la prière.