Bible et zazen / Le festin nuptial (Mt 22,1-14)
MàJ 8 février 2015      
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Le festin nuptial (ou les invités aux noces) (Mt 22)

1 Jésus se remit à parler en paraboles :
2 « Le Royaume des cieux est comparable à un roi qui célébrait les noces de son fils.
3 Il envoya ses serviteurs pour appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir.
4 Il envoya encore d'autres serviteurs dire aux invités : 'Voilà : mon repas est prêt, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez au repas de noce.'
5 Mais ils n'en tinrent aucun compte et s'en allèrent, l'un à son champ, l'autre à son commerce ;
6 les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent.
7 Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et brûla leur ville.
8 Alors il dit à ses serviteurs : 'Le repas de noce est prêt, mais les invités n'en étaient pas dignes.
9 Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noce.'
10 Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu'ils rencontrèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives.
11 Le roi entra pour voir les convives. Il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce,
12 et lui dit : 'Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?' L'autre garda le silence.
13 Alors le roi dit aux serviteurs : 'Jetez-le, pieds et poings liés, dehors dans les ténèbres ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents.'
14 Certes, la multitude des hommes est appelée, mais les élus sont peu nombreux. »
Traduction liturgique

Pour commencer

Un roi et son fils... Dieu et le Christ ?
Des noces... l'Alliance de Dieu avec son peuple ?

Un invité est au champ... en compagnie du serpent, le plus rusé de tous les animaux des champs (Gn 3,1) ?
L'autre à son commerce. L'argent est son dieu ?
La fréquentation du serpent et de l'argent les mène à maltraiter, à tuer.
Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes, vous décorez les sépulcres des justes, et vous dites : 'Si nous avions vécu à l'époque de nos pères, nous n'aurions pas été leurs complices pour verser le sang des prophètes.' Ainsi vous témoignez contre vous-mêmes : vous êtes bien les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes. Eh bien, vous, achevez donc ce que vos pères ont commencé ! (Mt 23,29-32)
Ce n'est pas seulement une histoire du passé qui ne viserait que les juifs. Aujourd'hui encore, l'argent nous mène à tuer.

Face au refus des invités

Comment faire pour détourner les invités (que nous sommes) de leurs attachements mortifères, et les ramener à la vie, aux noces ?
Dans la parabole, leur violence se retourne contre eux, sous la forme du feu du ciel qui a détruit Sodome et Gomorrhe (Gn 19). Se pourrait-il que notre société malade de l'argent en soit libérée par un moyen extrême de ce genre ?
Ils se retrouvent errant sur les chemins, comme d'autres qui eux ont quitté volontairement "l'esclavage de l'Égypte" et ont traversé la mer rouge. C'est l'exode pour tous, les mauvais et les bons.

Libérés de leurs chaînes, ils peuvent maintenant accepter l'invitation.

Les noces

Elles ne se passent pas au ciel, mais sur terre bien sûr, là où Dieu s'est incarné, là où toutes les nations seront rassemblées, devant le trône de gloire du Fils de l'homme (Mt 25,31-32).

Les invités sont l'épouse en guenilles. C'est qu'elles ont souffert, les tuniques de peau dont ils ont été revêtus (Gn 3,21).
Il y en a un cependant qui est différent.
"Ami, comment es-tu entré ici, alors que l'ennemi occupait la place et que la porte était fermée depuis si longtemps ?" (Gn 3,24)
L'ami a failli implorer : « Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! » Mais le "oui" est venu avant qu'il n'ait ouvert la bouche : « non pas comme je veux, mais comme tu veux. » (Mt 26,39).
Le roi a fait jeter l'époux dehors, dans les ténèbres extérieures, pour qu'il lave sur la croix les guenilles de l'épouse.

Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? A qui la puissance du Seigneur a-t-elle été ainsi révélée ? Devant Dieu, le serviteur a poussé comme une plante chétive, enracinée dans une terre aride. Il n'était ni beau ni brillant pour attirer nos regards, son extérieur n'avait rien pour nous plaire. Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne ; et nous l'avons méprisé, compté pour rien. Pourtant, c'étaient nos souffrances qu'il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu'il était châtié, frappé par Dieu, humilié. Or, c'est à cause de nos fautes qu'il a été transpercé, c'est par nos péchés qu'il a été broyé. Le châtiment qui nous obtient la paix est tombé sur lui, et c'est par ses blessures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous. Maltraité, il s'humilie, il n'ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l'abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n'ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s'est soucié de son destin ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à cause des péchés de son peuple. On l'a enterré avec les mécréants, son tombeau est avec ceux des enrichis ; et pourtant il n'a jamais commis l'injustice, ni proféré le mensonge. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. Mais, s'il fait de sa vie un sacrifice d'expiation, il verra sa descendance, il prolongera ses jours : par lui s'accomplira la volonté du Seigneur. A cause de ses souffrances, il verra la lumière, il sera comblé. Parce qu'il a connu la souffrance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs péchés. C'est pourquoi je lui donnerai la multitude en partage, les puissants seront la part qu'il recevra, car il s'est dépouillé lui-même jusqu'à la mort, il a été compté avec les pécheurs, alors qu'il portait le péché des multitudes et qu'il intercédait pour les pécheurs. (Is 53,1-12)

Ne sommes-nous pas tentés de compter l'homme qui ne portait pas le vêtement de noce avec les pécheurs, de chercher en quoi il a fauté ?
L'étonnement d'Isaïe est le nôtre : Qui aurait cru ce que nous avons entendu ?
St Paul confirme : Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu (2 Co 5,21).
Des textes liturgiques associent "l'admirable échange" de St Augustin et l'image des vêtements : Voici l'admirable échange où le Christ prends sur lui nos péchés. Mettons nous en sa présence, il nous revêt de sa divinité.

La fiancée est alors apparue immaculée.
« Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils, et d'où viennent-ils ? » ... « Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l'Agneau. C'est pourquoi ils se tiennent devant le trône de Dieu, et le servent jour et nuit dans son temple. Celui qui siège sur le Trône habitera parmi eux. Ils n'auront plus faim, ils n'auront plus soif, la brûlure du soleil ne les accablera plus, puisque l'Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire vers les eaux de la source de vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. » (Ap 7,13-17)

Ne fallait-il pas qu'Il soit jeté là où il y a le pleur, pour essuyer toute larme ?
S'il m'arrive d'être jeté dehors, dans les ténèbres extérieures, Il est là.

 

Pour d'autres pistes de lecture de cette parabole, voir "L'énigme des invités aux noces" de Bruno Régent, s.j.
Etudes bibliques n°160, Médiasèvres 2011, 35bis rue de Sèvres, 75006 Paris