Bible et zazen / La maison sur le roc / Version de Matthieu
août 2011      
21 Tout me disant : ‘Seigneur, Seigneur !’, n'entrera pas dans le Royaume des cieux, mais le réalisant la volonté de mon Père qui est aux cieux.
22 Beaucoup me diront en ce jour-là : 'Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé, en ton nom que nous avons chassé des démons, en ton nom que nous avons réalisé beaucoup de miracles ?'
23 Alors je leur déclarerai : 'Je ne vous ai jamais connus. Écartez-vous de moi, vous qui cultivez l'illégalité !'
24 Tout donc qui écoute mes paroles celles-ci et les réalise sera comparable à un mari prévoyant qui a bâti sa maison à lui sur le roc.
25 La pluie est descendue, les fleuves sont venus, les vents ont soufflé, et ils tombèrent aux pieds de cette maison ; elle n'est pas tombée, car elle avait été fondée sur le roc.
26 Et tout qui écoute mes paroles et ne les réalise pas sera comparable à un mari insensé qui a bâti sa maison à lui sur le sable.
27 La pluie est descendue, les fleuves sont venus, les vents ont soufflé, ils heurtèrent cette maison, et elle tomba, et sa chute était grande.
(Mt 7, traduction littérale)
 

Mémoire

Le document pdf joint, facilement imprimable, comprend :
  • Le texte (Luc et Matthieu) augmenté de ce qui le précède et ce qui le suit imédiatement (TOB),
  • Le texte mis en deux colonnes pour comparer Luc et Matthieu (traduction littérale),
  • Des correspondances plus nombreuses.
La mémorisation de la version de Matthieu peut se faire d'abord avec la TOB.
Elle se poursuivra avec la traduction littérale (repérage des écarts signifiants) et la comparaison avec la version de Luc.
Ce travail est dans cette première phase factuel. On peut noter les réactions qui surviennent, mais la recherche de sens se fera après.

Premières réactions

Les versets 22-23, absents chez Luc, sont sidérants. Matthieu met en scène des gens qui font des actions admirables, qui plus est au nom de Jésus. Et Jésus les condamne (vous faites le mal), affirme ne pas les avoir fréquentés (je ne vous ai jamais connus) et ne jamais vouloir le faire (écartez-vous de moi).
Que leur est-il reproché ?

Un second étonnement vient du mot "homme". Luc emploie logiquement le mot anthropos (humain, homme ou femme). Mais Matthieu emploie le mot andros (mâle, mari). Les femmes ne seraient pas visées ?
On peut ignorer la difficulté, penser que Matthieu a fait une erreur. Comme le mot homme en français est le même pour signifier l'être humain et l'homme masculin, la bizarrerie passe inaperçu dans les traductions.

Des correspondances... et tout se complique

Au verset 24, l'étrange "mari" est qualifié de prévoyant, en grec phronimos. On pourrait aussi traduire par rusé, malin, astucieux, sage.
Le serpent était la plus astucieuse de toutes les bêtes des champs que le Seigneur Dieu avait faites. (Gn 3,1, première occurence de ce mot dans la Bible)
Matthieu n'a pas employé le mot sophos qui qualifie la sagesse de Dieu. Pourquoi ? Un juif comme lui ne peut pas s'être trompé.
Nous avons vu, chez Luc, que Dieu seul bâtit la maison qui tient bon. Qualifier Dieu de "phronimos" relève du sacrilège !

Prophéties, exorcismes et miracles

Que peut évoquer ce triplet ? Dans quelles autres circonstances Jésus a-t-il réagi avec une pareille fermeté ?
On peut penser aux tentations au désert. Après avoir refusé trois propositions de Satan, des propositions que dans notre aveuglement, nous aurions acceptées aussitôt, Jésus conclut : "Arrière, Satan". (Mt 4,10)
Ce qui est mal nous semble être un bien. Satan imite Jésus. Il va même jusqu'à agir en son nom. Combien d'horreurs n'a-t-on pas commises au nom de Jésus !
Quand Jésus dit à Pierre : "Arrière, Satan" (Mt 16,23), ce n'est pas Pierre qu'il condamne. C'est Satan, le "petit bouc" fagocitant Pierre, qu'il expulse.

Qui est le "mari prévoyant" ?

Tout donc qui écoute mes paroles celles-ci. Le début du verset 24 contient une double invitation à comprendre la suite à la lumière de ce qui précède : Satan imite Dieu au point que nous ne savons pas le reconnaître.

Le mot mari (ou homme mâle) invite à chercher la femme, l'épouse.
Le vrai mari, l'époux de l'Eglise, c'est le Christ. On a affaire ici à un époux "phronimos". Un intrus peut-être ? Un bouc qui voudrait prendre la place du bélier (voir le jugement dernier) ? Le possessif insistant du texte (sa maison à lui) nous met discrètement en garde.
Cet intrus est très fort. Il bétonne sur le roc, au point que sa maison résiste à la pluie (du ciel ?), aux fleuves (d'eau vive ?), aux vents (l'Esprit ?).
Il faudra des moyens plus puissants pour le déloger. La passion et la résurrection ?

Le mari insensé qui a bâti sa maison à lui sur le sable, ce pourrait être nous, qui tentons de devenir Dieu sans Lui, de nous accaparer la connaissance du bien et du mal.
Nos "tours de Babel" ne résistent pas bien longtemps à l'action de Dieu, il nous en délivre au quotidien, avec une infinie patience.
Parfois, c'est un temple qui s'effondre. Celui de Jérusalem en 70, celui de la finance aujourd'hui...

Et encore des questions

Le zazen serait-il une tentative pour échapper à l'action décapante de la pluie, des torrents, des vents venant de Dieu ? Serait-ce bétonner avec Satan ?
Ou bien est-ce Dieu qui bâtit en nous, qui nous mettons en état de le laisser faire ?
Pour connaître la réponse, faites zazen !

Voir Satan dans le verset 24, c'est contraire à tous les commentaires habituels, c'est aller trop loin.
Oui. C'est pourquoi j'ai regardé les autres textes d'évangile où le mot "phronimos" apparaît : le serviteur avisé et les dix vierges. Je suis allé de surprises en surprises...

Suggestion pour la prière

Mêler mes mots à ceux du cantique d'Ezéchiel
Bousculade à la porte du paradis.

"Seigneur, Seigneur, je voudrais un billet"
"Non, il faut faire la volonté de mon Père !"

""Seigneur, Seigneur, j'ai tout fait. J'ai même une attestation avec ton cachet."
"Arrière, Satan !"

Au paradis, on rentre sans billet.