Bible et zazen / Pardon, merci, s'il te plait (Mt 6,7)
MàJ 28 mai 2015      

Pardon, merci, s'il te plait... un bon schéma de prière ?

7 Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés.
8 Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant même que vous l'ayez demandé.
Traduction liturgique

Quand on m'a présenté ce canevas de prière en trois temps, il m'a paru intéressant. Il m'amenait à me poser la question : ma prière est-elle équilibrée entre me reconnaître pécheur, rendre grâce et demander de l'aide ? Dieu n'est-il pas celui que j'appelle en cas de besoin, et que j'oublie le reste du temps ?
Mais parler ainsi à Dieu ne serait-ce pas lui dire ce qu'il sait déjà ? Rabâcher comme les païens ?
Comment comprendre ces versets de Matthieu, et surtout, comment prier ?

De fait, le point de départ de ce genre de prière est ce que je vis. Ce qui va bien, ce qui va mal, ce que je rate.
Je contemple les évènements et mon comportement. Je me tourne vers un Dieu tout-puissant, je lui demande d'intervenir pour me pardonner, pour faire cesser le "mal", pour développer davantage le "bien".

C'est comme si je croyais que Dieu a besoin de moi, de mon accord, pour manifester son amour. La prière serait une manière (généreuse et désintéressée) de canaliser ses bienfaits vers certains proches, vers certains pauvres ou souffrants.

Une prière "naturelle", basée sur le sens religieux inné. Une prière païenne.

Regle

La prière chrétienne, c'est me tourner non pas vers un Dieu psychologique ou imaginé, mais vers le Tout Autre tel qu'il se révèle.
La première étape, c'est me désemcombrer de mes soucis, de mes pensées. Faire zazen est un beau moyen.
Ensuite, je reçois la Parole :

9 Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié.
10 Que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
11 Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour.
12 Remets-nous nos dettes, comme nous les avons remises nous-mêmes à ceux qui nous devaient.
13 Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du Mal.
Mt 6, suite

Quel est "ton nom" ? C'est la question posée par Moïse (le buisson ardent, Ex 3,13). Il lui est répondu : "Je Suis".
Prier pour que le nom de Dieu soit sanctifié ? Ne l'est-il pas déjà ?
Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance... » (Gn 1,26). Cette ressemblance serait au point qu'il nous aurait donné son nom, "Je Suis" ? Et ce nom serait à rendre Saint, c'est à dire capable d'aimer ?
Le trône de Dieu et de l'Agneau sera dans la ville, et les serviteurs de Dieu lui rendront un culte ; ils verront son visage, et son nom sera écrit sur leur front (Ap 22,3-4).

Jésus leur déclare : « L'heure est venue pour le Fils de l'homme d'être glorifié... Maintenant je suis bouleversé. Que puis-je dire ? Dirai-je : Père,  ? - Mais non ! C'est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » (Jn 12,23...28).
Prier nous transformerait au point que notre désir terrestre bien compréhensible "délivre-moi de cette heure" deviendrait "glorifie ton nom" ?

O Seigneur, notre Dieu, qu'il est grand ton nom par toute la terre ! ...
Qu'est-ce que l'homme pour que tu penses à lui, le fils d'un homme, que tu en prennes souci ?
Tu l'as voulu un peu moindre qu'un dieu, le couronnant de gloire et d'honneur.
Ps 8,2;5-6


Le "Notre Père" n'est pas une prière à râbacher, mais une invitation à prier avec toute la Bible.

Voici un autre exemple à propos de "Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour. On peut commencer à l'éclairer avec Dt 8,2-3 :
Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l'a imposée pour te faire connaître la pauvreté ; il voulait t'éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur : est-ce que tu allais garder ses commandements, oui ou non ? Il t'a fait connaître la pauvreté, il t'a fait sentir la faim, et il t'a donné à manger la manne - cette nourriture que ni toi ni tes pères n'aviez connue - pour te faire découvrir que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur.

La marche de ce monde - toujours plus, toujours plus vite - semble le mener à sa ruine. Dans le chaos qui s'annonce, je risque de perdre ce que je possède. Je risque de devenir pauvre.
Est-ce que cela me serait imposé par le Seigneur Dieu pour me faire connaître la pauvreté, malgré mon incapacité à me détacher par moi-même de mes richesses ? Heureux les pauvres, car le royaume des Cieux est à eux (Mt 5,3).
Il se pourrait bien que cela arrive de manière injuste ou brutale. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux (Mt 10).
Oui, Seigneur, ce qui s'annonce est une grâce. Donne-moi la joie mystérieuse du royaume des Cieux.

A chacun de poursuivre. On n'a jamais fini de prier le "Notre Père" !