Bible et zazen / Vous êtes le sel de la terre (Mt 5,13-16)
MàJ 29 mars 2014      

Vous êtes le sel de la terre (Mt 5)

11 Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
12 Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! C’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.

13 Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens.
14 Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée.
15 Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
16 De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux.
Une autre approche
Le texte ci-joint propose une autre méditation
sur le sel, la lumière et aussi le levain.

On la lira avec intérêt
mais surtout, la comparaison des deux approches
éclaire la différence de pédagogie.

Mémoire du texte

Le document joint fait quelques remarques "techniques" sur la traduction, les occurrences de certains mots ailleurs dans la Bible.
Le piège, dans cette première phase, serait de vouloir déjà trouver du sens au texte. Il ne s'agit que de l'apprendre.

Questionnement

Jésus nous (ses disciples) compare au sel de la terre, puis à la lumière du monde. Comment comprendre ces images ?
Quel rapport entre l'image du sel et l'image de la lumière ? Disent-elles la même chose en se renforçant, ou disent-elles deux choses différentes ?

Jésus nous menace-t-il : si vous devenez fades, vous serez punis ? Est-ce cela son amour pour nous ?

Le sel est-il à prendre dans un sens positif : les "bons" disciples invités à "saler" la terre ?
Cette interprétation semble confirmée par la suite : si ceux qui deviennent fades sont jetés dehors, c'est que le texte nous invite à rester "salés". On voit le glissement, de la question (qu'est-ce que le sel ?) à une réponse prématurée issue de notre sagesse humaine. Le fruit de la phase "questionnement" est une question qui reste sans réponse !

Correspondances

On peut en faire de nombreuses, par exemple issues du travail préalable de mémoire et d'analyse du texte. Voici un choix.

Le sel, une image peu fréquente dans la Bible, nous renvoie à l'histoire de la femme de Loth changée en statut de sel pour s'être retournée pour regarder le feu et le soufre tomber sur Sodome et Gomorrhe (Gn 19,23-26). On est dans une région pleine de sel, une mer de sel (Gn 14,3). Dans cette histoire comme dans l'évangile, il est question de feu, de montagne (où va Loth), de villes (Sodome et Gomorrhe) habitées par des mécréants.
La ville de Jérusalem est sur une montagne. Jésus a été emmené dehors pour être crucifié (Mc 15,20), cet évènement ne peux pas être caché.
Le lampadaire évoque le chandelier, le candélabre allumé dans le temple (Ex 25,31-35).
On n'allume pas une lampe... littéralement : "On ne fait pas brûler une lampe". On peut faire un rapprochement avec Moïse et le buisson "ardent" (= qui brûle) (Ex 3,2).

La liturgie du 5ème dimanche ordinaire, outre cet évangile, nous propose un extrait d'une lettre de St Paul aux Corinthiens où il oppose sagesse des hommes et puissance de Dieu : C'est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je suis arrivé chez vous. (1 Co 2,1-5)
Le sel devenu fade (fou) ne vaut plus rien (est sans force, faible)

Un temps de méditation

Il ne s'agit pas de chercher pour trouver (avec une idée de ce que je dois trouver), mais de demeurer dans ces textes, ses images, les questions et les correspondances.
Je m'imagine en statue de sel... qui pourrait perdre son caractère salé... perdre sa force... et être jetée dehors, piétinée par les hommes.
Je m'imagine en cierge qui brûle. Peut-être ai-je l'expérience de "brûler" (d'impatience...) quand je prends un temps de prière alors que beaucoup de tâches urgentes m'attirent.
Peut-être, un retournement du sens du texte est-il en train de s'opérer.

Le texte dans son contexte

Le texte est la suite immédiate des béatitudes, il est intégré au même discours de Jésus. Après avoir dit "Heureux les pauvres, les doux, ceux qui pleurent...", Jésus affirme "Vous êtes le sel de la terre". Viendrait-il adoucir le sel de la terre que nous sommes pour lui donner la douceur du ciel et nous rendre "heureux" ?
Le verset 13 est le premier à ne pas commencer par "Heureux" ou "Réjouissez-vous". Serait-ce un test pour voir si nous n'avons pas oublié ? Relisons les versets 11 et 12, puis le verset 13. Ne nous invitent-ils pas à comprendre : "Heureux êtes-vous si vous ne valez plus rien, si on vous jette dehors, si vous êtes piétinés par les hommes comme on foule le raisin" ?

Symbolique baptismale

Le baptême est une plongée, à la suite du Christ, dans les eaux de la mort pour ressusciter. Le sel que l'on met sur la langue du baptisé n'évoque-t-il pas aussi notre condition pécheresse, celle de Sodome et Gomorrhe, qui nous mène à la mort si un sauveur n'intervient pas ?

Le chemin continue

Nous n'en sommes qu'au chapitre 5, notre conversion n'est pas achevée.
En fin pédagogue, Matthieu va reprendre les mêmes images. Par exemple, il va utiliser 5 autres fois l'expression "jeter dehors" (8,12 – 13,48 – 21,39 – 22,13 – 25,30). Peut-être serons-nous de nouveau pris en flagrant délit de dualisme, croyant que ce sont les méchants que Dieu punit en les jetant dehors. Ou peut-être, lirons-nous ces textes autrement...