Société malade / Médias et publicité
MàJ 30 décembre 2016      

Les médias au service de la société de consommation

Les réflexions ci-après visent d'abord les médias grand public. Ceux qui rentrent dans les contraintes d'informations courtes, simples et quotidiennes. Et qui font "l'opinion".
Messages contradictoires
Vers 2010, les médias ont parlé de la dépendance aux jeux.
Les politiques ont dit qu'ils allaient y veiller.
Peu de temps après, on a vu apparaître sur les chaînes TV
de la publicité pour les jeux en ligne (poker...).

On va se plaindre ensuite des jeunes
qui n'associent plus argent et travail,
et cherchent l'argent facile (drogue...).

Une presse libre ?

Les batailles menées au vu et au su de tous entre la droite et la gauche nous donnent à penser que la presse est libre. Mais si la vraie guerre se menait en coulisses, sur un autre terrain ?

Les médias sont propriété des "1% les plus riches", ou pire, d'oligarques aux conflits d'intérêts multiples (voir un état des lieux de RSF de juillet 2016). Ils dépendent de la publicité, et sont évidemment incapables de remettre en cause la société de consommation. Pas besoin de consignes, l'auto-censure suffit.

Paradoxalement, les médias financés par l'argent public sont plus libres et pourraient traiter au fond les vraies questions.
Mais le problème n'est-il pas en nous ? Nous préférons les jeux qui nous laissent scotchés dans nos fauteuils à la liberté du grand large. La distraction à la réflexion.

Au service d'une idéologie manichéiste

Au lieu de dire les faits dans leur complexité, la presse d'opinion, par nature partiale, juge. Certes elle est plurielle, mais comme on ne peut pas prendre connaissance de tous les points de vue pour faire une synthèse...
Mais les médias réputés neutres ne sont pas plus objectifs. Ils sont obligés de chercher une large audience et de réduire leurs coûts de production. Pour cela, ils font simple : le bien contre le mal, sans nuances. Le spectateur, passif, est conforté dans ses préjugés. Il s'apitoye sur une victime sans être invité à comprendre les agresseurs, ce sont des "méchants". Un journaliste otage est d'emblée un héros, alors que la réalité peut être moins idyllique (voir l'article de Yves Debay sur Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier).
Par contre, d'autres risquent leur réputation, leur emploi et leur vie pour la vérité. C'est le parcours de Ghislaine Dupont, assassinée avec au Mali en novembre 2013 avec Claude Verlon. Elle avait déjà payé cher en 2011 pour avoir dénoncé des exactions de l'armée congolaise (Kinshasa). Sa directrice, Christine Ockrent, l'avait sanctionnée, opportunisme politique oblige, provoquant une grève à RFI.
Publicité et générosité
De nombreuses associations (humanitaires...)
font une publicité envahissante et chère.
Une fois la pompe amorcée, elles ne peuvent que continuer
ou avoir de graves problèmes de financement.

Parce qu'elles ont cru que la fin justifiait les moyens,
Satan les a emprisonnées.

La publicité

Patrick Le Lay, patron de TF1, a suscité la polémique en 2004 en disant : Pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible (voir wikipedia). Même mis en garde par ces propos cyniques, les téléspectateurs restent des moutons dociles...

Autre exemple : les avertissements sur les dangers du surendettement et le coût des crédits à la consommation sont laminés par les slogans publicitaires : Cetelem, le crédit responsable !

Les mercenaires de la désinformation

Pour redorer leur blason, des États, dirigeants ou firmes font appel à des cabinets spécialisés.

Les faits divers

Pour faire passer une mesure nouvelle qui a ses avantages et ses contraintes, il faut convaincre l'opinion.
Comme l'opinion n'aime pas réfléchir, on va jouer sur l'affectif avec des faits divers. Dans le domaine de la sécurité routière, on va montrer des accidents.
C'est de la manipulation. Mais comment faire autrement ?

Le problème, c'est que la manipulation et le lobbying peuvent être employés pour des motifs intéressés. Comment savoir, quand on n'est pas spécialiste, si le produit proposé vaut vraiment la peine ?
Le citoyen en arrive à ne plus faire confiance, à laisser tomber la chose publique.
L'élu intègre peut se décourager à son tour et s'occuper lui aussi de ses intérêts...

Les interviews

Les spécialistes sont compliqués, le public ne les écoute pas. Alors on fait des micros trottoirs. On demande à une chanteur ou un sportif ce qu'il pense du nucléaire...
Les politiques l'ont bien compris, leurs messages sont simples. "Ne réfléchssez pas, je sais tout, je m'occupe de tout".

Les journaux télévisés, supports de pub

Comment l'information peut-elle être objective quand les annonceurs payent pour que leurs marques apparaissent dans les reportages ? Cela survient une dizaine de fois par JT.

Les sondages

Ils ne sont pas une mesure de l'opinion, mais une mesure de l'efficacité des campagnes médiatiques.
Une efficacité que l'on s'efforce bien sûr d'améliorer.
En clair, les sondages servent à mieux manipuler.

La démocratie

Après d'onéreuses campagnes électorales, l'électeur vote : pour l'argent ou pour l'argent.
En cherchant d'où vient l'argent (un secret bien caché), il peut deviner quels sponsors les prochaines lois favoriseront.
Noyé dans la tactique de court terme, l'homo politicus n'a pas le temps de penser.

Classement de la France

Reporter sans frontières établit depuis 2002 un classement mondial de la liberté de la presse. En 2016, la France est au 45ème rang sur 179.
 
Nous aimerions aller au Paradis sans efforts.
Mais celui qui y trône nous dit : Lève-toi et marche !
Se lever, marcher, ressusciter, Vivre en somme... c'est fatigant !
Mieux vaut dormir. Rester morts.