Bible et zazen / Un possédé à Capharnaüm (Mc 1,21-28)
MàJ 11 novembre 2011      

Guérison d'un possédé à la synagogue de Capharnaüm

21 Jésus, accompagné de ses disciples, arrive à Capharnaüm.
Aussitôt, le jour du sabbat, il se rendit à la synagogue, et là, il enseignait.
22 On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes.
23 Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit mauvais, qui se mit à crier :
24 « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu. »
25 Jésus l'interpella vivement : « Silence ! Sors de cet homme. »
26 L'esprit mauvais le secoua avec violence et sortit de lui en poussant un grand cri.
27 Saisis de frayeur, tous s'interrogeaient : « Qu'est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! Il commande même aux esprits mauvais, et ils lui obéissent. »
28 Dès lors, sa renommée se répandit dans toute la région de la Galilée.
(traduction liturgique)

21 Jésus, accompagné de ses disciples, arrive à Capharnaüm.
Aussitôt, le jour du sabbat, il entra à la synagogue, et là, il enseignait.
22 On était frappé par son enseignement, car il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes.
23 Aussitôt, il y avait dans leur synagogue un humain tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier :
24 « Quoi à nous et à toi, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais fort bien qui tu es : le Saint de Dieu. »
25 Jésus l'interpella vivement : « Silence ! Sors de lui. »
26 L'esprit impur le secoua avec violence et sortit de lui en poussant un grand cri.
27 Saisis de frayeur, tous s'interrogeaient : « Qu'est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent. »
28 Aussitôt, sa renommée sortit partout, dans toute la région de la Galilée.
(traduction modifiée, plus littérale)

Appropriation préalable du texte

Quels sont les personnages ? Les lieux et les mouvements (entrer, sortir...) ?
Qu'est-ce qui me frappe, me pose question ? Quelles interrogations suscitent les écarts entre les deux traductions proposées ?

Des correspondances

A quels autres textes bibliques me fait penser ce travail préalable ?

Une histoite à côté de l'histoire

Cette histoire de possédé peut sembler loin du vécu, trop loin pour qu'elle touche.
Une histoire à côté de l'histoire peut faire un pont. En voici un exemple, écrit à partir de ma compréhension personnelle actuelle de ce texte et d'un groupe particulier de personnes autour de moi.
Un pont à oublier bien sûr une fois que la connection directe est faite avec la Parole.

Regle

Le jour du sabbat, à la synagogue... on dirait aujourd'hui un dimanche, à la messe.

Les disciples entrent, en aube. Jésus est avec eux, bien sûr.
On ne le voit pas, mais tous ceux qui sont là le savent fort bien : c'est Lui, le Saint de Dieu.

Ils en ont parlé à l'entrée d'ailleurs : "J'ai assisté à une conférence spirituelle extraordinaire, l'autre jour..."

Ils ne sont pas tourmentés, eux. Ils sont chrétiens. Ils savent.

L'un d'entre eux cependant n'est pas bien. Il ressent comme un malaise, une insatisfaction, une attente. Il distingue peut-être des peurs, des pensées folles qui tournent dans sa tête ? Ou encore des soucis l'envahissent ? Une pagaille, un capharnaüm intérieur ? Il est tourmenté, sans savoir d'où cela vient.

Tout à coup, sans réfléchir, il se met à crier, et c'est un "nous" qui sort. L'humain et l'esprit impur, attachés l'un à l'autre au point de ne plus faire qu'un. Un cri de peur : "Es-tu venu pour nous perdre ? Pour rompre ce lien qui nous unit depuis si longtemps ?".

L'humain était possédé et ne le savait pas.

L'esprit poursuit seul : "Je sais qui tu es...".
L'humain, lui, est rendu muet comme Zacharie auquel l'ange annonce la naissance de Jean-Baptiste : comment une parole juste pourrait-elle sortir de son cœur impur ? La bataille engagée se situe à un niveau qui le dépasse. Il est secoué, ballotté comme dans une tempête.
Un grand cri enfin, et tout est accompli. La parole mensongère du serpent est remplacée en lui par le Verbe. Le bouc est jeté dehors, la brebis libérée retrouve son époux véritable.

Aussitôt, à la sortie de la messe, les commentaires vont bon train : "J'ai entendu parler d'un exorcisme. Il y a vraiment des cas de possession, c'est certain !"
Trompettes de la Renommée, Vous êtes bien mal embouchées ! (G. Brassens)
Quelques-uns restent plus discrets. Ils se demandent en quoi cette histoire de possédé les concerne. Une question en eux qui pourrait devenir malaise, puis tourment ?
Une personne est restée à l'intérieur. Des larmes dans les yeux et la paix dans le cœur. Savait-elle qu'en hébreu, Capharnaüm veut dire "le village de la consolation" ?

C'était un dimanche ordinaire, dans une paroisse ordinaire. Le peuple de Dieu en marche.

Regle

Et après ?

Il se peut qu'un texte biblique me révèle l'immense abîme qui me sépare de l'amour. Je peux alors me décourager. Ou décider, moi, de changer.
Un chemin juste est de me laisser convertir par la Parole. La laisser agir en moi.

Voici ce qu'en dit Benoit XVI : Ici aussi, apparaît comme élément caractéristique des chrétiens le fait qu'ils ont un avenir: ce n'est pas qu'ils sachent dans les détails ce qui les attend, mais ils savent de manière générale que leur vie ne finit pas dans le néant. C'est seulement lorsque l'avenir est assuré en tant que réalité positive que le présent devient aussi vivable. Ainsi, nous pouvons maintenant dire: le christianisme n'était pas seulement une « bonne nouvelle » – la communication d'un contenu jusqu'à présent ignoré. Dans notre langage, nous dirions: le message chrétien n'était pas seulement « informatif », mais « performatif ». Cela signifie que l'Évangile n'est pas uniquement une communication d'éléments que l'on peut connaître, mais une communication qui produit des faits et qui change la vie. La porte obscure du temps, de l'avenir, a été ouverte toute grande. Celui qui a l'espérance vit différemment; une vie nouvelle lui a déjà été donnée.
(Encyclique Spe Salvi, §2)