Bible et zazen / La maison sur le roc / Version de Luc
août 2011      
46 Et pourquoi m'appelez-vous 'Seigneur, Seigneur' et ne faites-vous pas ce que je dis ?
47 Tout homme qui vient à moi, qui entend mes paroles et qui les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable.
48 Il est comparable à un homme qui bâtit une maison : il a creusé, il est allé profond et a posé les fondations sur le roc. Une crue survenant, le torrent s'est jeté contre cette maison mais n'a pu l'ébranler, parce qu'elle était bien bâtie.
49 Mais celui qui entend et ne met pas en pratique est comparable à un homme qui a bâti une maison sur le sol, sans fondations : le torrent s'est jeté contre elle, et aussitôt elle s'est effondrée, et la destruction de cette maison a été totale.
(Lc 6, TOB)
 

Mémoire

Apprendre le texte par coeur est indispensable.
Durant cet exercice, des pensées, questions... surgiront peut-être. Notez-les sans chercher pour l'instant à interprêter.

Pour aller plus loin dans l'appropriation du texte, repérer les images employées (ce qui peut se photographier).

Premières réactions

Le verset 49 est violent : destruction totale. Une réaction spontanée peut être de rejeter cette violence insupportable. Une autre de le tempérer : ce n'est qu'une image...
Un moyen d'avancer est d'accueillir cette réaction et de la transformer en question précise.
Par exemple : "Comment un Dieu miséricordieux peut-il laisser le torrent détruire le travail de l'homme, au lieu de l'aider à penser aux fondations ?

Correspondances avec les images

En voici une sélection, parmi les très nombreuses que l'on peut faire :

De la côte qu'il avait tirée de l'homme, Yahvé Dieu façonna (bâtit) une femme et l'amena à l'homme. (Gn 2,22)
Le Seigneur dit à Noé : « Entre dans l'arche, toi et toute ta maison... (Gn 7,1)
Il bâtit comme les hauteurs son sanctuaire, comme la terre qu'il fonda pour toujours. (Ps 78,69)
Il ouvrit le rocher, les eaux jaillirent, dans le lieu sec elles coulaient comme un fleuve. (Ps 105,41)
Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les bâtisseurs. (Ps 127,1)
Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. (Mt 16,128)
Cet homme a dit : Je puis détruire le Sanctuaire de Dieu et le rebâtir en trois jours. (Mt 26,61)
"Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive, celui qui croit en moi !" selon le mot de l'Écriture : De son sein couleront des fleuves d'eau vive. (Jn 7,32)
Tous ont bu le même breuvage spirituel - ils buvaient en effet à un rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher c'était le Christ. (1 Co 10,4)
Quand vous aurez un peu souffert, le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés à sa gloire éternelle, dans le Christ, vous rétablira lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. (1 P 5,10)
Alors le serpent vomit comme un fleuve d'eau derrière la femme pour la faire emporter par les flots. (Ap 12,15)

Ces correspondances nous permettent de passer au second degré : Nous sommes la maison.
L'assise en zazen nous aide à "sentir" cette image de l'intérieur, ainsi peut-être que le roc, le fleuve, l'effondrement.

Sens existentiel

La maison que nous sommes est-elle solidement bâtie sur le roc, la fondation qu'est le Christ ? Entre le oui et le non, la réponse est tiède. Nous savons bien que nous ne sommes pas parfaits.
Si nous en restons là, le texte reste fade. Comment le faire "parler" ? D'où vient le blocage ? Explicitons notre pensée.
Le texte nous semble être un appel à bâtir sur le Christ. Et nous ne savons pas.

Cet appel à bâtir sur le roc (à "faire ce que je vous dis") est-il dans le texte ?
Non. Le verset 46 se contente de constater que nous ne faisons pas ce que dit le Christ, et pose la question : pourquoi ? Il ne demande pas de changer !

Un retournement

Combien de jours, de mois faut-il pour arriver à ce constat tout simple, mais qui retourne notre manière habituelle (moralisante) de penser ?
Personne, aucun Saint, aucun apôtre n'a su "construire sur le roc". Tous ont vécu des effondrements. Jésus fait avec notre faiblesse. Fini les "Il faudrait que... mais je n'y arrive pas" culpabilisants. Quelle libération !
Seul Le Seigneur bâtit, fonde solidement.
Tout ce que fait l'homme s'effondrera, pour laisser la place à... l'homme nouveau.
Mystère du passage par la mort pour ressusciter !

Et encore des questions

Si Dieu bâtit la maison, quel est le rôle de l'homme ?

A quoi ça sert de se fatiguer à bâtir si c'est voué à l'échec ?

Par le zazen, une force, une énergie se développe. Je suis solide, délivré de l'angoisse. Est-ce aussi une entreprise humaine qui s'effondrera ?

Suite, version de Matthieu