Bible et zazen / Les koans
MàJ 10 octobre 2012      

Les koans zen - Les mystères chrétiens
Une pédagogie commune ?

Le koan est utilisé dans la tradition bouddhiste zen Rinzai, et non pas Soto (Deshimaru, qui a développé le zen en Europe, est de la tradition Soto).
C'est une énigme, un illogisme donné par le maître au disciple dans un double but :
  • Faire progresser le disciple sur la voie de l'éveil,
  • Permettre au maître d'apprécier où en est le disciple.
C'est par la pratique de l'assise en zazen, et non pas en réfléchissant, que le disciple "résout" un koan.
Pour en savoir plus, voir wiki : Koan.

Cet outil pédagogique pourrait-il utilement être transposé à la Bible, et comment ?
Peuvent répondre à cette question les très rares personnes qui ont une grande connaissance des deux traditions.
Côté zen, il faut des dizaines d'années de pratique auprès d'un maître. Et il n'y a que quelques dizaines de maîtres dans le monde habilités à transmettre les koans, essentiellement au Japon.
Côté Bible, il ne s'agit pas d'une érudition, mais d'une pratique selon la tradition juive et des Pères de l'Eglise. La Bible n'est pas qu'un livre de sagesse.

J'ai vécu quelques sesshins animés par un maître zen Rinzai japonais. Il s'est suffisamment intéressé à la Bible pour exprimer son désir de travailler avec des chrétiens à des "koans bibliques".
Il s'étonnait : Comment pouvez-vous confier des responsabilités spirituelles à des personnes sans avoir d'outil pour mesurer leur avancement spirituel ?
Sa perception trop extérieure de la Bible ne lui permettait pas d'aller plus loin.

Pour ma part, il me semble que les "énigmes" auxquelles on se heurte en travaillant sérieusement une parabole (ou un autre type de texte) se résolvent par l'assise en zazen ou une discipline aidant à une "conversion" qui ne soit pas seulement mentale et volontariste (prière, liturgie, chants...).
L'énigme n'a pas de solution rationnelle (terrestre, au niveau horizontal), elle demande une élévation dans une nouvelle dimension (verticale, céleste).

Exemple : l'annonciation

Tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus (annonciation à Marie, Lc 1,31)
L'enfant qui est engendré en elle vient de l'Esprit Saint ; elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c'est-à-dire : Le-Seigneur-sauve)... la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils, auquel on donnera le nom d'Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous » (annonciation à Joseph, Mt 1,20...23).

Concevoir, enfanter, donner le nom de Jésus. Au niveau "horizontal", c'est un évènement du passé concernant Marie.
Et si j'étais concerné ? Si cela me disait quelque chose sur ce que je suis ?
Concevoir... Mettre au monde... Donner le nom de Jésus... N'est-ce pas mon histoire, ma vocation ?
Le zazen pourra faire que ces mots ne restent pas que des mots.


Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? (Lc 1,34)

Au niveau terrestre, on peut discuter longtemps de la virginité physique de Marie.
Mais ce qui est vraiment étonnant, c'est qu'elle proclame une décision qui, semble-t-il, va empêcher la réalisation de la merveille annoncée par l'ange.
Quand les urgences (ou les envies) m'assaillent et que je donne la priorité au zazen ou à la prière, je m'inscris dans la même ligne paradoxale que Marie.
Je ne peux pas comprendre sa réponse sans faire une expérience similaire

Autre exemple : la Genèse

Dieu les [Adam mâle et femelle !] bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. » (Gn 1,28)

L'assise en zazen me fait entrer dans cette réalité que je suis "mâle et femelle", et quel est ce travail de "soumettre la terre", de dominer mes animaux intérieurs qui s'opère grâce à ces deux composantes.

Un petit pas pour commencer

Il me semble que la tradition des koans pourrait nous inciter à chercher les énigmes de la Bible comme des perles précieuses. Notre conversion pourrait venir de la méditation de ces questions sans réponse.
C'est évidemment à l'opposé de la plupart des habitudes pédagogiques : on enseigne le "contenu" de la foi.
Il s'agirait de viser la transformation du "contenant" : le catéchumène ou le chrétien en chemin.