Bible et zazen / La femme adultère (Jn 8,1-11)
6 juin 2015      

La femme adultère

1 Quant à Jésus, il s’en alla au mont des Oliviers.
2 Dès l’aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner.
3 Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils la mettent au milieu,
4 et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère.
5 Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? »
6 Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre.
7 Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. »
8 Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre.
9 Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu.
10 Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? »
11 Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »
(Jn 8,1-11, nouvelle traduction liturgique)
En lisant le présent commentaire, vous pourrez repérer :
- ce qui est attention aux détails du texte ;
- ce qui est interrogation et correspondance ;
- ce qui est contemplation, prière ;
- ce qui m'a touché, rejoint personnellement.

Jésus est passé par le Mont des Oliviers. Dès l’aurore, il retourna au Temple.
Il est passé par la mort, il est ressuscité à l'aurore, un dimanche matin.
Il s'est assis. Mais où ?
La scène peut s'imaginer comme celle décrite par Matthieu : Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; [Mt 25,30-31].
Jésus est assis sur son trône de gloire, là où son amour s'exprime à sa perfection.
Son trône de gloire pourrait bien être la croix.

Il enseigne au Temple, comme chaque dimanche matin. Les scribes et les pharisiens sont là, dans la foule venue célébrer l'eucharistie.
Parmi les chrétiens, il sont les plus fidèles à la Parole, à la fois pour la méditer et la mettre en pratique. En toute bonne foi, il disent : “Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé, en ton nom que nous avons expulsé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ?" [Mt 7,22].

Jean n'utilise qu'UNE fois le mot "scribes" dans son évangile. Les scribes sont tout proches du Dieu UN. Tout proches, ou concurrents ?
L'expérience de la lectio divina peut éclairer cette question. Il arrive que j'en reste à la seule mise en oeuvre de mes capacités humaines pour comprendre le texte. Il arrive aussi qu'une fois travaillé, je le laisse agir en moi. Ce qui survient (l'Esprit ?) descend alors du ciel.
Le paradoxe, c'est que si je me crois capable de laisser l'Esprit prier en moi, c'est sûrement que je ne le laisse pas agir !

Ils amènent une femme. Jean met plusieurs fois en scène une femme : la mère de Jésus à Cana et au pied de la croix, la samaritaine, Marthe et Marie, Marie de Béthanie, Marie de Magdala.

Le grand enjeu est l'Alliance du ciel et de la terre. Jésus est l'époux légitime. Mais son épouse est entre les mains de Satan. Depuis qu'elle a été tentée [Gn 3], la femme humanité est adultère. Il est le mari trompé, trahi.
Et même crucifié.

Les scribes et les pharisiens lui amènent donc cette femme coupable. Regarde ce qu'elle a fait. Regarde les guerres, la planète polluée, l'argent fou, les inégalités, la faim...
Cette femme fait tellement souffrir ton Corps, elle te crucifie encore chaque jour. Ne faut-il pas l'empêcher de nuire ? N'est-ce pas ce que dit la Parole de Moïse, ta Parole ?
Ils le mettent à l'épreuve. « Toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! » [Mt 27,40].

Mais au lieu de faire appel aux légions d'anges, Jésus se baisse encore davantage. Il écrit sur la terre. Puisqu'il est le Verbe, on pourrait dire qu'il s'écrit sur la terre.

On aimerait "savoir" ce qu'il écrit.
Il écrit dans le cœur de chacun. Il se révèle à chacun. Il s'agit d'une relation intime, une relation d'amour.
Il se révèle aux scribes et aux pharisiens.

Peut-être que l'un est confronté à l'énigme : comment détruire le mal, puisqu'il est dit "tu ne tueras pas" ? Il croyait savoir, et voilà qu'il réalise qu'il ne sait plus rien.

Jésus se redresse, parle de pierre, et s'abaisse à nouveau.

Les pensées de ses interlocuteurs, fins connaisseurs de la Torah (surtout les plus vieux ?), s'orientent vers cette pierre.
- Une précieuse pierre d'Onyx [Gn 2,12] ?
- La pierre dont Jacob fit son chevet, qui lui ouvrit le ciel, et dont il fit une stèle [Rêve de Jacob, Gn 28,11‑22] ?
- La pierre des tables de la loi [Ex 24,4] ?
Ils méditent sur les nombreux passages de la Torah parlant de lapider ceux qui ne respectent pas la loi.
Celui qui est dans son bon droit, qui a raison, va-t-il user de sa supériorité pour "tuer" son frère pécheur à coup de préceptes ?

Les uns et les autres se retrouvent infiniment pauvres, démunis. ils ne "savent" plus. Ils s'éloignent en méditant. En priant peut-être.

La femme est toujours là, au milieu. Mais au milieu du jardin déserté par les savants, il n'y a plus l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Il n'y a plus de juges. Il n'y a plus la loi qui mène à la mort [refer St Paul]. Il n'y a plus que l'arbre de Vie : la croix [Gn 2,9].
« Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »
A cette femme accusée, Jésus ne propose pas encore les noces. Ce serait aller trop vite. Il murmure dans un souffle à peine audible, comme un amoureux qui craint d'effaroucher sa dulcinée : si tu le veux, je te libère de ton geôlier.
Un jour, peut-être, elle se souviendra de cette humble prière. Un jour, peut-être, elle se lèvera et reviendra à Lui.

Elle s'est levée et est revenue à Lui. Le mariage a été célébré : Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. [Jn 19,26-27]

Bien sûr, épouse et mère, c'est tout un : la mère est l'épouse qui enfante.
Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus [Lc 1,31].
L’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus [Mt 1,20-21].

Il s'agit du mariage de Joseph et Marie. Du mariage de Jean et de la mère. Du mariage des scribes et des pharisiens avec la femme adultère. De tous les mariages, de toutes les alliances qui mettent au monde Jésus, le germe divin donné à Adam créé "homme et femme" [Gn 1,27] : il s'agit du Christ et de l'Église.
C'est la fête, la fête eucharistique, le repas de noces. Alleluia !

Rêver au mariage de la prostituée avec le scribe, il faut oser...
Oui, il faut Osée, le prophète, auquel le Seigneur dit :
« Va, prends-toi pour femme une prostituée et des enfants de prostitution,
car vraiment le pays se prostitue en se détournant du Seigneur. »
Il alla donc et prit Gomer, fille de Diblaïm ;
elle devint enceinte et lui enfanta un fils... [Os 1,2-3]