Société malade / Endettement / Un schéma pour comprendre
MàJ 26 novembre 2016      

Créances des riches = dettes des pauvres
Impossible de réduire la dette sans prendre aux riches !


Augmenter la dette = danger !



Créances
Réduire la dette = "prendre" aux riches.



Créances des uns = Dettes des autres



Dettes
"Riches"
= créanciers
"Pauvres"
= emprunteurs

Ce schéma illustre une réalité simple dont on ne parle guère : la contrepartie de l'épargne des uns, c'est la dette des autres. Et donc, réduire la dette, c'est réduire l'épargne !
Allons plus loin : l'argent qui circule, essentiellement sous la forme d'écritures dans des comptes bancaires, est une reconnaissance de dette (ou une créance).

Argent = dette = épargne

Cette équation permet de comprendre l'essentiel. Par exemple, il est impossible de réduire les dettes en créant de la monnaie : on ne fait qu'augmenter les créances et les bulles spéculatives.
Les spécialistes sont réservés, à juste titre, sur cette équation : les questions relatives à la monnaie sont parmi les plus difficiles des études d'économie. Mais malgré sa simplicité, elle est d'une redoutable efficacité pour détecter les non-dits trompeurs ou démagogiques. Une vidéo de 2 heures de Gabriel Rabhi, accessible à tous, permet de mieux comprendre.

En Europe et aux USA, les banques privées, alimentées par les banques centrales, ont le pouvoir de créer de la monnaie en octroyant de nouveaux prêts. Leurs fonds propres ne réprésentent qu'un faible pourcentage de cette création monétaire. Les prêts sont normalement accordés à des emprunteurs sérieux, non sur-endettés. Il devient de plus en plus difficile d'en trouver.
Accorder des prêts à des fins non pas d'investissement physique mais de placement alimente une bulle financière. Il ne peut pas y avoir de "retour sur investissement", il n'y a qu'une spéculation sur du vent. Une grosse partie de l'épargne n'est que du vent.
Des montages complexes, variantes de la "pyramide de Ponzi" (voir wikipedia), permettent de masquer cette réalité.

Surendettement des particuliers et des entreprises

S'ils ne peuvent plus rembourser leurs dettes et que les créanciers refusent de leur prêter davantage, c'est la faillite.
Les créanciers se payent au moins en partie en vendant les biens qui servent de garantie.

Les créanciers peuvent aussi refiler à d'autres leurs créances douteuses. Ces autres sont inconscients, ou espèrent avoir à leur tour revendu la grenade dégoupillée avant qu'elle n'explose...
Ces manoeuvres n'ont qu'un temps, le réveil est douloureux : les banques qui ont trop de créances douteuses se retrouvent à leur tour en faillite.

Surendettement des États dans le monde

Les Etats-Unis ont suspendu en 1971 la convertibilité-or du dollar, pour continuer à émettre de la monnaie (c'est à dire augmenter leur dette). Olivier Berruyer en explique très bien les enjeux sur son blog. Reagan, président de 1981 à 1989, réduit les impôts des riches pour stimuler la croissance.
Ils sont incapables de rembourser une dette devenue colossale (voir wiki : Dette publique des États-Unis). En ajoutant la dette privée et celle des 50 états, on arrive quasiment au PIB mondial ! A tous niveaux, on maquille des comptes catastrophiques pour durer encore un peu.
En 2011, le niveau maximal fixé pour la dette a été atteint. Obama a obtenu (difficilement) un relèvement de ce seuil : il fallait absolument emprunter encore pour éviter la faillite (ne plus pouvoir rembourser les créanciers et payer les factures).
Rien n'a été résolu sur le fond. Fin 2012, nouvelle discussion difficile entre Obama et le Congrès. A nouveau, un compromis insatisfaisant (petite hausse des impôts, réduction à préciser plus tard des dépenses) donne un sursis.

En Chine, une bulle immobilière bien supérieure à celle des États-Unis semblait en train d'exploser début 2012. Elle reste menaçante. L'écart entre riches et pauvres bat tous les records.

Avant le passage à l'euro, la Grèce aurait dévalué : une manière soft de réduire sa dette aux dépens des possesseurs de drachmes.
Aujourd'hui, on lui prête de l'argent "pas cher". On lui remet une partie de sa dette non pas par altruisme, mais par calcul : les grecs sont sommés de faire des efforts, de brader leur patrimoine (voir la vidéo Catastroika, l'État grec vend ses plages au profit des oligarques...), de se saigner à blanc pour payer un maximum d'intérêts. Quand les vautours auront terminé leur immonde dépeçage, la carcasse sera abandonnée.
La faillite fera perdre à l'Europe sa crédibilité. Qu'importe, il ne s'agit pas d'une lutte entre grecs, français et allemands, mais de l'appropriation des richesses mondiales par un petit nombre de riches. Tous les européens auront le même sort que les grecs.

L'Irlande a nationalisé ses banques en faillite en 2010. Des banques qui avaient toutes passé avec succès les tests de résistance de la BCE 3 mois plus tôt ! Du coup, sa dette a été multipliée par quatre.
La dette privée en Espagne représente 3 fois le PIB national en 2011.
Une bulle immobilière (surendettement des ménages) menace la Suède, les Pays-Nas et l'Australie.

La fuite en avant

Après le temps des fauves, qui ont obtenu des États non seulement de ne pas payer d'impôts, mais de profiter d'intérêts sur l'argent qui leur était ainsi injustement laissé, voici le temps des charognards.
On sait la bête européenne agonisante, il s'agit d'en profiter au maximum. La hausse des dettes justifie toutes les prédations.

Soi-disant pour soutenir la croissance, la BCE augmente la masse monétaire à un rythme énorme depuis 2008. Cette croissance des capitaux ne correspond pas à une croissance physique des biens et services. Si elle ne génère pas d'inflation, c'est qu'elle alimente la bulle spéculative. Elle ne profite pas aux États surendettés.
En 2011, on a créé un Fond Européen de Stabilité Financière pour rassurer les marchés, c'est à dire pour permettre aux dettes d'augmenter encore ! Puis, les 21 décembre 2011 et 29 février 2012, la BCE a prêté aux banques deux fois 500 milliards sur 3 ans à 1% d'intérêt : on continue à faire grossir la bombe !!! En rachetant les dettes publiques sur le marché secondaire, la BCE devient à son tour une "bad bank" menaçant la crédibilité de l'euro !
Certains économistes aimeraient que la BCE crée de la monnaie au profit direct des États, acceptant l'inflation que cela entraînerait. Mais dans le cadre actuel, cet argent ne tarderait pas à se retrouver dans la poche des riches, en remboursement des créances et des intérêts qui leur sont dus. Et la spéculation redoublerait.

Explosion finale

Les pages qui suivent décrivent ce que pourrait être une solution pacifique pour sortir de la crise : imposer très lourdement les gros patrimoines pour éponger la dette en une trentaine d'années.
Aucun politique n'envisage cette solution. Depuis 2012, tous les programmes prévoient des budgets déficitaires au moins pour les 5 ans à venir.
Il y aura donc cessation de paiement, incapacité de rembourser la dette et de payer ses intérêts.
Le défaut argentin de 2001 est intéressant à analyser (voir un interview du ministre des finances argentin). Mais pour des raisons écologiques, on ne peut pas vouloir en Europe en 2012 qu'un défaut, sans doute 100 fois plus important, engendre comme en Argentine une nouvelle croissance.
Sauf si un nouveau projet de société est mis en oeuvre, les dépenses sociales chûteront, les impôts augmenteront mais trop tard, le patrimoine sera bradé à vil prix (voir l'exemple russe). Ce sera une récession qui ne sera pas une décroissance écologique, mais le chaos (voir un article à ce sujet). Une opportunité pour n'importe quelle dictature.

Certains le savent, qui cherchent à se mettre à l'abri en Suisse ou en achetant de l'or... Une ambiance qui rappelle 1938 !

Suis-je riche ou pauvre ? Prédateur ou victime ?
Les deux !

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