Société malade / Emplois inutiles
MàJ 29 juillet 2016      

Beaucoup d'emplois sont inutiles, voire nuisibles

Bien que sachant depuis des années que nous allons vers une situation où 20% de la population active suffira à maintenir l'économie mondiale (voir wikipedia : Tittytainment), les politiques affichent vouloir le plein emploi.
Ils ne parlent jamais des activités économiques inutiles, voire nuisibles...

Un sujet tabou

J'ai été frappé par les réactions lors de la fermeture d'une usine de cigarettes près de Lille il y a déjà longtemps. La suppression de 400 emplois était jugée scandaleuse. Pas un mot pour les milliers de morts parmi ceux qui avaient fumé ces cigarettes.
Selon Le Monde, on compte un mort prématuré dans les 25 ans par million de cigarettes fumées. L'usine de Nantes produit actuellement 12,8 milliards de cigarettes par an, elle compte 327 salariés. Cela fait 39 millions de cigarettes par employé.

Récemment, les industries pornographiques américaines et allemandes en crise ont demandé une aide de l'État !
8 septembre 2011, projet de taxation des boissons sucrées. Coca-cola n'apprécie pas et fait un chantage à l'emploi.

En 1965, j'ai assisté à une conférence sur la politique d'armement de la France. Les armes modernes sont chères, il faut exporter pour financer cette industrie. Et si nous n'en vendons pas, d'autres le ferons. "Mais alors, on équipe des ennemis potentiels ?" Ma question innocente n'a pas été appréciée.
Visite d'une usine de fusées militaires. J'interroge un ingénieur. "Qu'est-ce que cela vous fait de fabriquer des armes ?" Il me répond, tout étonné : "Mais je fais de l'électronique". La France exporte des armes, mais personne n'en fabrique...

Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Le remarquable reportage "Francafrique" passé à la TV en 2011 a montré le prix de l'approvisionnement en pétrole de la France depuis 50 ans : pots de vin, meurtres, élections truquées, guerres, destruction de l'environnement... Sa diffusion va-t-elle changer les choses ?
Un chef de cabinet ministériel sur-occupé m'a expliqué : Il y a les problèmes peu importants, ceux qui sont insolubles et les autres. On ne s'occupe que d'une partie des "autres". Je crains que moraliser les achats énergétiques de la France ne soit rangé dans la seconde catégorie...

Mais ne pas s'attaquer aux problèmes importants et "insolubles", c'est préparer des lendemains qui déchantent.
Parlons donc, dans une société en mal de plein emploi, des activités économiques inutiles, voire nuisibles.

On vivrait mieux sans spéculation, sans arnaques, sans drogues

  • Sans casinos, lotos et autres jeux (voir matches truqués) qui prennent de l'argent à beaucoup pour faire peu de très riches. N'est-ce pas l'inverse qui serait souhaitable ?
  • Sans spéculateurs. Un trader ou un investisseur qui gagne en bourse aux dépens d'autres qui perdent (moins malins ou moins chanceux), ça sert à quoi ?
  • Sans paradis fiscaux.
  • Sans ces appels téléphoniques de marketing direct de plus en plus insistants à la recherche d'un client qui se laissera tromper. Voir une description des conditions de travail dans les call-centers.
  • Sans le tabac qui tue 4,9 millions de personnes par an. Le coût indirect d'un paquet de cigarettes est de 7,18 $ (World Health Report 2002, page 10). En France, depuis 30 ans, les aides aux buralistes sont infiniment plus importantes que les budgets pour lutter contre le tabaggisme.
  • Sans ventes d'armes, telles que les frégates de Taïwan... ou les mines. La France a laissé 11 millions de mines en Algérie, et n'en a donné officiellement les plans qu'en 2007 (voir article de La Croix).
  • Sans les milliers d'emplois de lobbyistes qui défendent en toute opacité les intérêts des grands groupes, à Bruxelles, à Washington et ailleurs. Voir par exemple European Services Forum, European Round Table...

On vivrait mieux sans "concurrence"

  • Avec moins d'agences immobilières. Il serait plus pratique d'avoir une vue d'ensemble des offres en un seul endroit.
  • Avec moins de pharmacies et d'opticiens en ville. Leur densité prouve des marges exagérées. Alain Afflelou est scandaleusement riche.
  • Sans cette activité commerciale trépidante dont le seul but est d'attirer le client vers le produit X plutôt que vers le produit Y.
Cette concurrence est un faux semblant qui ne fait pas baisser les prix.

On vivrait mieux sobrement sans sur-consommation

  • Sans excès de nourriture, d'alcool.
  • Sans parfums : leurs composés toxiques rendent malades un nombre croissant de personnes
  • Sans les médicaments inutiles, inefficaces ou dangereux (voir une vidéo du professeur Philippe Even)
  • Avec moins de voitures. Pourquoi ces incessantes publicités qui nous poussent à en acheter ?
  • Sans produits outrageusement luxueux, ne profitant qu'à un petit nombre de gens très riches. Avec les ventes d'armes, le luxe est le fleuron des exportations françaises.
  • Sans les couleurs tapageuses des emballages. Leur recyclage serait plus facile.
    Les savons liquides (shampoings...) pourraient être vendus concentrés, à diluer.
  • Sans la musique dans les magasins.
  • Sans la publicité intrusive  Consommer moins serait bon pour l'environnement.
    En France, l'industrie pharmaceutique dépense plus en marketing (3 milliards) qu'en recherche (1,5 milliards) (voir wikipédia).

On vivrait mieux sans "péages"

On vivrait mieux sans gâchis, sans doublons, sans complications inutiles

  • Sans la publicité pour les barres chocolatées accompagnée d'une mise en garde alimentaire qui dit le contraire.
  • 90% des 300 milliards de mails échangés chaque jour dans le monde sont des spams (messages nuisibles ou inutiles envoyés en masse).
  • Avec un seul réseau de téléphonie mobile au lieu de trois (quatre depuis 2012). Il y aurait moins d'antennes, moins de rayonnements. Au lieu de cela, on incite Free à cesser rapidement son accord d'itinérance avec Orange et à avoir rapidement un réseau complètement indépendant (voir explications)
  • En augmentant la durée de vie des équipements.
  • En normalisant, en réduisant la diversité des produits.
  • En ne détruisant pas les excédents au motif qu'ils feraient baisser les cours.
  • En simplifiant les lois et réglements (d'où moins d'experts en tous genres).
    Pour 429 Md€ de prestations, la Sécurité Sociale a 90 Md€ de frais de fonctionnement (dont 60 Md€ de salaires - source INSEE, 2011). On pourrait diviser ces frais par 2 ou 3 en simplifiant les règles. Selon Eco-Santé, plus de 500 types de gestion catégorielles (régimes) et plus de 1 000 organismes coexistent.
  • En remplaçant l'écotaxe (un concentré de haute technologie au service d'une complexité stérile, voir ses modalités) par une hausse du prix des carburants
  • En unifiant et responsabilisant la représentation du personnel dans les PME : comité d'entreprise, délégués du personnel, comité d'hygiène, de sécurité et de conditions de travail, syndicat (voir un article de Gérard Thoris dans La Croix du 19 novembre 2012)
  • En réduisant le nombre de niveaux administratifs (communes, communautés de communes, départements, régions, État, Europe).
    Il y a 36681 communes en france, dont 19996 ont moins de 500 habitants.
  • En supprimant les services administratifs inutiles.
    Les politiques pourraient montrer l'exemple en supprimant le Sénat, la Cour des Comptes, le Conseil Économique et Social... Il est aberrant que la création de l'Europe ne se soit traduite par aucune suppression des redondances au niveau de la France.
    La distinction ordonnateur / comptable, qui est un des piliers des finances publiques, n'a plus de raison d'être, elle dilue les responsabilités.
    Pourquoi la Caisse d'amortissement de la dette sociale et le fonds de réserve des retraites ? Les dettes (ou liquidités) de l'État n'ont pas à être gérées en des lieux divers.
    Ou encore, on économiserait 2 milliards /an de frais de gestion si les complémentaires retraites Arrco et Agirc étaient intégrées dans le régime général.
    Ou encore, pourquoi un régime de sécurité sociale pour les travailleurs salariés, un autre pour les indépendants, un autre pour le monde agricole ? Sans compter bien d'autres particularités et les assurances complémentaires santé.

Face à l'abîme

Vous imaginez des politiques proposant de supprimer la publicité, de détruire la moitié des emplois... ? Au contraire, ils encouragent les emplois inutiles ou nuisibles, par exemple en permettant aux avocats de faire de la publicité (mars 2014).
Ce que je dis n'est pas seulement utopique mais sacrilège. Après l'échec du communisme, on ne peut pas supprimer le capitalisme, on n'a rien d'autre !
Pourtant, en août 2014, David Graeber, anthropologue et figure de proue du mouvement Occupy Wall Street, s’en prend à ce qu’il appelle les "bullshit jobs" ou "jobs à la con".

Mais la pensée dominante continue à justifier les comportements incohérents.
En France, pour créer des emplois, on en supprime dans la fonction publique. Et personne ne s'étonne !
Aux Etats-Unis en mars 2012, 24 millions de personnes ne trouvaient pas l'emploi à plein qu'elles souhaitaient. Sans compter 2,3 millions de prisonniers !
En Espagne, c'est la crise. Et que font les gens face à la difficulté ? Rien, ils deviennent chômeurs. Ou plutôt si, ils développent l'entraide et le troc en dehors du "système".
On récite le chapelet : Saint Emploi, priez pour nous, Sainte Croissance, priez pour nous. Mais ce que l'on veut vraiment, c'est un capital qui grossisse.
On continue à aller dans le mur, les yeux fermés et les mains jointes.

La société de consommation va s'effondrer (Dennis Meadows le dit très bien).

Soit la concurrence deviendra guerre à outrance, la sur-consommation ne restant possible que pour un tout petit nombre,
Soit, les "avantages acquis" disparaissant, la solidarité, la fraternité l'emporteront. Mais comment ? Quelle alternative au capitalisme ?

Si vous voulez fâcher quelqu'un, mentez-lui ;
si vous voulez le rendre furieux, dites-lui la vérité. (Arthur Schopenhauer)
Kempf ( Le Monde, 30 mai 2007) interroge Patrick Viveret, conseiller à la Cour des comptes
« Quand on propose comme seul projet de vie une croissance de l’ordre de l’avoir et qu’on interdit un développement de l’ordre de l’être,
on crée une crise spirituelle, une crise de civilisation. »


Viveret compare la croissance à la toxicomanie. Il propose :
« si on utilisait ne serait-ce que 10% des dépenses passives de mal être - la publicité, l’armement, les stupéfiants - vers des dépenses actives de mieux être,
cela permettrait de traiter les grands problèmes du Sud
et cela permettrait de changer aussi fondamentalement les modes de production, de consommation et de vie dans notre propre système de développement. »