Bible et zazen / Comment lire la Bible / Les quatre sens de l'Ecriture
MàJ 18 juillet 2016      

Bible : les quatre sens de l'Ecriture

Il y a différentes manières, complémentaires, de recevoir la Parole : le sens littéral, et des sens spirituels. Ces manières nous viennent de la tradition juive (voir Pardès) et des Pères de l'Église.

Ces sens sont pluriels (le rabbin Marc-Alain Ouaknin parle de "lire aux éclats"), alors que dans notre culture, influencée par la logique grecque, une affirmation a un sens unique.
Lire la Bible demande une conversion de notre structure mentale, c'est comme apprendre une autre langue.

1. Le sens littéral

C'est le sens "au premier degré", anecdotique

Par exemple, Dieu a donné la manne aux hébreux affamés dans le désert. Je le prends comme un fait qui est relaté.
Je peux chercher une explication matérielle à ce fait - par exemple, un phénomène de condensation de la rosée matinale - ou parler de miracle : je suis toujours dans le sens littéral.
Je peux contester l'historicité du fait, étudier le genre littéraire du texte, le contexte dans laquel il a été écrit : je suis encore dans le sens littéral.

Les Pères de l'Église disent que quand ce sens n'est pas satisfaisant (invraisemblable, ou qu'il ne nourrit pas spirituellement...), il convient de chercher d'autres sens.

2. Le sens symbolique ou allégorique.

En reprenant le même exemple, la nourriture (le pain) peut être comprise comme une image de la Parole de Dieu, et la manne comme une image de la Torah.
Le mot "manne" en araméen veut dire "qu'est-ce que c'est" : invitation à lire la Torah en allant de questions en questions.

Les sens symboliques se diversifient et s'enrichissent quand on médite ensemble deux textes bibliques et en les situant dans l'histoire d'Alliance – donc en les référant à Dieu. Par exemple, on peut associer la manne (Exode) et les arbres du jardin donnés à manger à Adam (Genèse).
Les sens symboliques (pluriels) des images se cherchent dans la Bible, et non pas dans un dictionnaire des symboles.

Exemple d'interprétation typologique : 1 Co 10,1-6
Frères, je ne voudrais pas vous laisser ignorer que, lors de la sortie d’Égypte, nos pères étaient tous sous la protection de la nuée, et que tous ont passé à travers la mer. Tous, ils ont été unis à Moïse par un baptême dans la nuée et dans la mer ; tous, ils ont mangé la même nourriture spirituelle ; tous, ils ont bu la même boisson spirituelle ; car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher, c’était le Christ. Cependant, la plupart n’ont pas su plaire à Dieu : leurs ossements, en effet, jonchèrent le désert. Ces événements devaient nous servir d’exemple (le mot grec est tupos, le type, d'où vient typologie), pour nous empêcher de désirer ce qui est mal comme l’ont fait ces gens-là.

Les symboles liturgiques rejoignent les symboles bibliques, ils s'appuient sur eux. Dans un parcours catéchétique, ils ne viennent normalement que dans un second temps, une fois acquise la démarche symbolique de la bible.

Pour un chrétien, les sens symboliques sont prioritairement recherchés par rapport au Christ, par association de textes des deux testaments. C'est l'interprétation "typologique" de l'ancien testament (voir encadré). C'est ce que font les pèlerins d'Emmaüs (Lc 24,13-35).
Ainsi, le Christ étant le Verbe fait chair (la Parole), on pourra chercher à éclairer le sens de l'eucharistie en méditant sur la multiplication des pains et sur la manne. C'est évidemment une démarche radicalement autre qu'une adoration de l'hostie, une croyance littérale ou magique dans la "présence réelle".

3. Le sens moral ou existentiel.

Il peut s'agir simplement de lois, de règles. Les juifs ont retenu dans la Torah 613 commandements. On est alors dans un sens "moral littéral".
Le sens existentiel surgit quand la Parole éclaire ma vie ou qu'un événement de ma vie me fait comprendre la Parole.
Ces correspondances existentielles sont facilitées par les correspondances symboliques. Par exemple, j'ai peut-être expérimenté que la Parole réchauffée (ce qui m'a donné vie une fois et que je répète) ne me donne plus vie, comme la manne ne conserve pas plusieurs jours (Ex 16,19).

4. Le sens mystique

Alors que les sens précédents peuvent être cherchés avec les moyens humains (réflexions, discussions, lectures...), le sens mystique "survient" : la Parole, préalablement travaillée au plan humain, prend feu. L'Esprit, qui a déjà inspiré les rédacteurs de la Bible, agit en moi lecteur. Le mystère du Royaume des cieux se dévoile.

Les mots de la Bible ne sont pas la Parole de Dieu. Ce n'est qu'avec l'Esprit qu'ils le deviennent pour moi, que Dieu me parle.

Appauvrissement du sens

Depuis le XIIIème siècle, sous l'influence d'une culture occidentale devenant scientifique, le sens symbolique s'est largement perdu. Il suffit de regarder la différence entre les chapiteaux romans et l'art religieux figuratif postérieur pour s'en rendre compte.

Le sens littéral a été idéalisé, intellectualisé dans les catéchismes et les dogmes. Le sens moral est devenu moralisant : un lourd fardeau d'obligations et d'interdictions.
Les recherches historico-critiques ont déstabilisé les croyances dans l'exactitude des récits bibliques. Comme des adolescents qui ne peuvent plus croire au Père Noël, nombre de chrétiens ont quitté le bateau.
Les symboles mettent sur la voie d'une foi en Jésus-Christ et d'une conversion radicale : non plus respecter la loi, mais entendre la parole "Viens et suis-moi". "Quitter" pour cheminer avec Lui sans savoir où Il va, vers "Jérusalem", vers la passion et la résurrection.

Suite