Au fond de l'abîme / Une lumière / Changer le monde
MàJ 12 avril 2014      

La paix intérieure peut-elle changer le monde ?

Le début de ma démarche a été de mettre en évidence des dysfonctionnements majeurs dans notre modèle économique capitaliste, nécessitant de le remettre en cause dans ses principes.
La racine de ce mal est notre frénésie d'avoir "toujours plus", pour masquer notre angoisse existentielle : je ne sers à rien, je suis seul, je vais mourir.
La suite (Bible et zazen) témoignera d'une démarche intérieure permettant d'affronter cette angoisse, de trouver la paix.

Comment cette libération - personnelle, ou vécue dans un petit groupe - de l'addiction à l'argent va-t-elle influencer ma manière d'être dans le monde économique ? Est-elle susceptible, et comment, de "changer le monde" ?

1. Témoigner

La première piste est de témoigner, de me consacrer à la promotion d'une démarche intérieure libératrice, et de laisser à d'autres les problèmes du monde économique. Cette attitude aurait une double justification :
- Mes moyens, mon temps et mes capacités sont limités, à chacun ses charismes.
- Si l'angoisse existentielle demeure, aucun système économique, ne traitant par nature que "l'extérieur", ne sera satisfaisant. A supposer même que l'on parvienne au plein emploi et à une éradication de la pauvreté, le monde sera loin du bonheur et le cherchera sans fin dans d'autres comportements suicidaires. A quoi bon dépenser de l'énergie dans une bataille perdue d'avance ?
Quelle différence entre Pierre Rabhi et José Bové ?
Les deux sont engagés pour l'écologie,
pour le respect de la planète, de la santé
mis à mal par la soif de profits.

Le premier rayonne la paix, la joie.
Quel est son secret ?

2. Juxtaposer

La seconde piste est de cultiver une force pour d'affronter les problèmes du monde. La démarche intérieure serait ma "potion magique" me permettant de rester calme dans la tempête, de ne pas (trop) souffrir dans les difficultés de toutes sortes. Mon calme pourrait aussi être un moyen de donner envie à d'autres de prendre le même chemin.

3. Intégrer

La troisième piste est radicalement autre. L'objectif premier n'est plus de supprimer la souffrance, les injustices, mais il est de donner sens à notre vie : l'essentiel est la relation.
Tisser des liens plutôt qu'accumuler des biens.
L'argent n'est plus une idole, une finalité, mais le symbole d'une vie d'échanges : une icône.

Le mal sous toutes ses formes devient ce qui va nous mettre en mouvement. Il va nous mobiliser ensemble, et donc nous ouvrir à l'altérité. De la "mort" émerge l'espoir partagé d'une vie nouvelle. Nous ne sommes pas seuls.
Au lieu d'être consommateurs, nous devenons des co-créateurs exerçant notre liberté. La surprise, l'émerveillement devant l'inattendu remplacent la sécurité du connu. Notre vie prend du sens.

La faiblesse, le manque, l'erreur deviennent l'occasion de dire : j'ai besoin de toi, de ton pardon. La vie n'est pas capitalisée, elle circule dans le "recevoir" et le "donner". Elle grandit dans la reconnaissance de nos différences (riches / pauvres...), pierres d'achoppement qui deviennent pierres fondatrices.

La démarche d'intériorité donne cette expérience que c'est en perdant tout que je reçois tout.
Quand une faille apparaît dans les belles idées que j'exprime pour un monde économique meilleur, elle est cette ouverture qui permet à l'autre d'entrer chez moi, ce vide qui lui donne de la place.

Bienheureux les fêlés car ils laisseront passer la lumière (Michel Audiard)

Cette page est le fruit de la lecture du livre de Elena Lasida "Le goût de l'autre"