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MàJ 3 juillet 2014      

Côté pile : l'épargne
Les produits financiers sont rendus complexes pour cacher leurs défauts

Il y a 30 ans, comprendre les placements proposés par les banques était à la portée d'un ingénieur bac + 5. Ce temps est révolu.

Les frais et les risques sont masqués dans les plaquettes commerciales. Les clauses détaillées ne sont pas intelligibles.

Les produits sont composites (voir wikipédia : produit dérivé financier), ce qui a plusieurs avantages pour le banquier :
  • Le client ne peut pas comprendre l'offre. Pour prendre un exemple simple, je peux comprendre le rendement d'une assurance vie (qui est un placement). Je peux comprendre une assurance décès : avoir un capital selon une probabilité que les tables de mortalité permettent de calculer. Mais je ne peux pas analyser une offre combinant placement et capital en cas de décès.
  • Le client ne peut pas comparer une offre à celles de la concurrence.
  • Le banquier peut faire valoir certains aspects attrayants dans sa publicité.
  • En superposant les couches, le banquier peut multiplier les frais. Par exemple, il y a des frais sur les SICAV. Si on les met dans une "assurance vie", d'autres frais s'ajoutent.
Chèques et virements internationaux,
Même en Europe, les frais au départ et à l'arrivée
sont importants et imprévisibles.
Pour les petits montants,
Paypal peut être une moins mauvaise solution.

Le vendeur est celui qui est censé expliquer. Mais il est en général commissionné, son intérêt n'est pas celui du client (une banque a avoué cette pratique en vantant dans sa publicité ses conseillers "non commissionnés" !).
En écoutant un conseiller financier, il est impossible de penser à toutes les facettes d'un produit. On va découvrir trop tard qu'il y a plus de frais ou de risques qu'imaginé. Le conseiller aura alors changé de poste.
Voir un exemple des pratiques d'AXA pour vendre des produits d'assurance vie. On comprend le désir de ces professionnels de torpiller le système de retraite par répartition pour passer peu à peu au système par capitalisation. Les citoyens vont payer au prix fort le manque de courage pour mettre les charges et impôts au niveau nécessaire.

Le système bancaire est plongé dans un monde de spéculateurs. Le client n'est qu'un pigeon novice à plumer.
Alors, que faire ?
  • Soit rester à l'écart. Se contenter de produits basiques (livrets A ou B...).
  • Soit plonger dans cette guerre avec compétences. Éviter les vendeurs, préférer les offres en ligne que l'on peut étudier tranquillement sous toutes leurs facettes. Anticiper les conséquences des catastrophes (faillites, tremblements de terre...) pour en tirer profit. Tuer pour ne pas être tué. Cela coûte du temps et du stress.
Investir, c'est risqué, stressant. Or, les épargnants veulent être rassurés
Un banquier ne peut réussir qu'en développant l'opacité par la complexité.
Une fois caché, il peut mentir, voire frauder. Bien malin qui le verra !

Mon banquier est sympa,
Il me fait confiance, il m'autorise un découvert.
C'est bien pratique !
Avez-vous réalisé qu'il fait payer les découverts
à un taux voisin de 20% ?

Côté face : les prêts

Cetelem, le crédit responsable, à l'approche de Noël, poursuit imperturbablement sa publicité irresponsable quand les associations caritatives se désespèrent du surendettement croissant.


Côté caché

Des prêts toxiques ont surendetté des milliers de communes, incapables de comprendre qu'on leur proposait des produits de type "pile la banque gagne, face la commune perd" !

Début 2008, la Société Générale a perdu 5 milliards : les opérations spéculatives d'un de ses traders, Jérôme Kerviel, ont mal tourné. Ce dernier décrit l'ambiance de casino dans laquelle il travaillait, dans un livre qui est un vrai thriller : L'engrenage : mémoires d'un trader (Flammarion, disponible au format ePub).
Dans la même ligne, voir le documentaire Master of the Universe (2012). Rainer Voss, un ancien banquier allemand d'une cinquantaine d'années, livre son expérience. La complexité est telle que les banques elles-mêmes sont incapables d'analyser les risques, notamment juridiques.

11 décembre 2012. HSBC va payer au trésor américain une amende de 1,92 milliards de dollars, pour clore des enquêtes pour blanchiment d'argent (voir Le Monde).

19 décembre 2012. La banque suisse UBS va payer une amende de 1,1 milliard d'euros pour avoir manipulé le taux interbancaire Libor, trois fois plus que la britannique Barclays. Près de 20 autres établissements sont dans le collimateur des autorités (voir L'Expansion). L'enquête se poursuit, le CA est particulièrement visé en mai 2014.

Juin 2013. C'est au tour de BNP Paribas d'avoir une amende de 9 milliards de dollars pour transactions avec des pays sous embargo.

En France, on endort l'opinion avec l'exil fiscal d'Obélix, tandis que les lobbies bancaires ont vidé de tout contenu la loi votée le 18 juillet 2013 séparant soi-disant banques d'investissements et banques de dépôts. Le dernier article de Gaël Giraud sur le sujet (La Croix du 31 juillet 2013) est cinglant : ...allégations mensongères de la députée rapporteur du projet de loi... le dernier verrou qui protégeait (un peu) les dépôts des Français a sauté... la France est le seul pays au monde à posséder quatre mégabanques mixtes à risque systémique (BNP Paribas, SG, CA, BPCE)... elles font partie des huit banques européennes les plus exposées à la faillite... bonus indécents que se versent leurs dirigeants et leurs opérateurs financiers... illustration d'une démocratie sous contrôle… bancaire... Pierre Moscovici fait déjà marche arrière sur le projet de taxe sur les transactions financières...