Société malade / Quelle alternative ?
MàJ 28 juin 2015      

Quelle alternative pour la société actuelle ?

Pour comprendre les aspects économiques et financiers
du changement nécessaire, lisez (20 pages) :
Quelle autre économie après le capitalisme ?

Pour une approche financière, lisez une analyse
des écrits 2012 de Gaël Giraud (8 pages) :
20 propositions pour une réforme du capitalisme

Pour une approche sociale,
intéressez-vous au Revenu de Base.

L'épanouissement de chacun

L'esclavage d'aujourd'hui, c'est de devoir gagner sa vie par n'importe quel travail, même socialement inutile ou nuisible pourvu qu'il soit économiquement rentable.

Chacun doit pouvoir développer et mettre en oeuvre ses qualités et capacités propres en vue d'un bien commun dont il perçoit le sens et qui le motive.
Et ceci, que ce bien commun soit du domaine marchand ou du domaine non marchand.

Les essais, erreurs, ré-orientations doivent être considérés comme normaux et ne pas se traduire par une exclusion. C'est déjà vrai aujourd'hui dans les grandes sociétés, le succès de certains produits paye les travaux de recherche qui n'aboutissent pas.

Il s'agit de faire confiance à la Vie, et non pas la tenir en laisse. La justesse ne viendra pas d'en-haut (dirigisme étatique), mais de la libération du fabuleux potentiel qui est en chacun.

Assurer le minimum vital à tous

C'est la conséquence évidente de ce qui précède. Une part du chemin est fait (minimum vieillesse, RSA...), il faut poursuivre.
Or, c'est impossible dans l'organisation actuelle de la société : l'État ne peut même plus payer ce qui est décidé. La crise ne rend pas le changement systémique plus facile, mais elle le rend inévitable !
S'il faut encore argumenter sur ce point, essayons de repenser les bases possibles d'un salaire "juste".

Le temps de travail
Les difficultés de mise en oeuvre des 35 heures ou de la réduction Fillon illustrent que le temps de travail est de moins en moins pertinent pour chiffrer un salaire.
Les machines ont remplacé les ouvriers, ce sont maintenant les créatifs / artistes qui remplacent les employés et ingénieurs. Ils ne marchent pas au chronomètre !.

L'efficacité, le résultat obtenu
Le rendement varie de plus en plus selon la compétence. L'exemple de l'informatique est particulièrement significatif, un débutant peut être 100 fois moins performant qu'un expert doué. On ne peut pas le payer 100 fois moins.
Comment payer l'apprentissage ou l'échec (un essai sans suite) ?
Comment mesurer ce qui est du ressort de l'art, de la relation ?
Comment répartir le fruit d'un travail collectif ?

Le prix du marché
Le prix de vente du fruit du travail n'existe que dans le domaine marchand. La maximisation de ce prix de vente, c'est la guerre économique entre concurrents et entre vendeurs et acheteurs, avec le cortège d'aberrations qui en résulte.

Définir un salaire "juste" est donc impossible.
Si l'on considère que des chercheurs en psychologie ont pu vérifier que "l'argent ne fait pas le bonheur", ce n'est peut-être pas une mauvaise nouvelle ! Remplacer la course à l'argent par la recherche du bonheur rendra la question de l'impossible justesse du salaire beaucoup moins cruciale.

Vers une économie plus humaine : une stratégie et des pistes concrètes

L'orientation stratégique qui me semble émerger des réflexions menées est la réduction du rôle de l'argent. Non pas le supprimer (rêve utopique), mais le mettre à une plus juste place. Réduire les inégalités, développer la gratuité, réduire et à terme ramener à zéro les taux d'intérêts.

Le monde est déjà en marche dans cette direction. La bulle financière ne peut plus continuer à grossir. La seule incertitude concerne les modalités de sa purge, soit pacifiques (par l'impôt, c'est hélas improbable), soit violentes.
L'enjeu essentiel, c'est qu'elle ne se reforme pas. L'écart entre les riches (créanciers) et les pauvres (débiteurs) ne devra plus se creuser.

Comme il est difficile de réguler a priori les revenus et d'empêcher l'obésité de certains patrimoines, ce sera fait a posteriori par des barèmes fiscaux fortement progressifs.
Pour empêcher la spéculation, la masse monétaire en circulation sera limitée aux besoins des échanges physiques.

Les États assureront toutes leurs dépenses, y compris les investissements, par l'impôt. Ils n'emprunteront pas (voir sur ce point l'exemple emblématique du tunnel sous la Manche). Les marchés financiers, privés de cette clientèle, verront leur champ d'action se réduire.
Le niveau de l'impôt sera ajusté pour permettre d'assurer un minimum vital à chacun, de financer l'offre de biens et services non marchands, de réguler la part respective des services publics et de la consommation individuelle. On ne cherchera pas artificiellement et aux dépens de l'écologie (obsolescence volontaire...) à ce que la croissance de la consommation assure le plein emploi : la publicité disparaîtra, ce sont les dépenses des États qui donneront du travail à la main d'oeuvre excédentaire.
Un formidable potentiel humain basculera de tâches stériles vers des tâches utiles ou belles.
Un revenu de base universel et inconditionnel libèrera du souci de la rentabilité financière pour survivre.

La baisse du taux d'usure (taux d'intérêt maximal autorisé) rendra les prêts à la consommation peu lucratifs pour les organismes financiers, avant qu'ils ne disparaissent complètement.

Peu à peu, les biens et services pour lesquels on ne craint pas de consommation abusive seront rendus gratuits (par exemple les autoroutes) ou très bon marché. Les droits d'auteur et brevets seront supprimés. Le prix d'autres objets de consommation, pour lesquels on risque une pénurie ou qui ont des conséquences écologiques ou sociales négatives sera au contraire majoré.
Les salaires pourront alors baisser : l'argent sera moins important dans la vie de chacun.
Mais la gratuité n'est pas l'uniformisation. L'éducation gratuite pour tous, par exemple, ne veut pas dire enfermer les enseignants et les élèves dans un moule national unique !

Des réalisations prophétiques...

Les essais de monnaies alternatives (troc - voir ékopédia : Comment créer une monnaie locale) sont intéressants pour tester de nouvelles voies à petite échelle (par exemple l'absence de prêts à intérêts), mais ils me semblent contourner la difficulté sans la résoudre. C'est une manière d'échapper à l'impôt, de quitter le bateau national ou mondial en péril pour se réfugier dans une petite barque.

Une banque (de crédit) de rêve ? Elle existe, la NEF ! Voir une vidéo rafraîchissante !

Le commerce équitable, un rêve qui est devenu réalité.

Jean-Louis Borloo s'active pour électrifier l'Afrique

Le succès des associations "sans but lucratif" est à méditer. Il compte 1,7 millions de salariés, mais surtout 33% des adultes sont adhèrents ou bénévoles. Le "travail" des bénévoles représente 1,2 millions équivalents temps pleins.
Des jeunes s'engagent pour 6 mois ou plus dans un service civique
L'association GiveDirectly aide des Kenyans en leur envoyant de l'argent sans condition. Et c'est efficace !

Le statut d'auto-entrepreneur permet à certains de se libérer de l'esclavage du salariat et d'exprimer leur créativité, mais dans une relation aux autres qui reste marchande. De même les coopératives d'entrepreneurs (voir wikipedia).

ATD Quart monde propose des territoires « Zéro chômeur de longue durée » (l'emploi conçu comme un droit).

La location de vélos ou de voitures en ville préfigure une économie de biens partagés, où l'on n'est plus propriétaire d'un bien, mais où l'on paye pour son usage.

Le collectif Roosevelt 2012 propose 15 réformes d'un certain intérêt - voir cependant mes commentaires.

Le Parti Pour La Décroissance (PPLD) ose bousculer les tabous.

Pierre Rabhi et les Colibris qui encouragent l'autonomie, l'écologie et l'humanisme. Voir un billet de Cyril Dion de fin 2013.
Dans une ligne semblable, voir le micro manifeste de Gwendal et Jean : changer le monde depuis sa chambre

Un chantier utopique en marche : la justice restaurative.

Des réflexions sont menées sur d'autres indicateurs de richesse que le PIB (voir Wikipédia).

Les campagnes du site Avaaz (pétitions) pèsent sur les décisions politiques partout dans le monde.

Anticor lutte contre la corruption et les détournements d'argent public en France.

...qui demandent une conversion de chacun

Le salut ne viendra pas des spécialistes (économistes, banquiers). Même si certains expriment des points de vue intéressants (tel Joseph Stiglitz, prix nobel d'économie), ils restent enfermés "dans le système". Il s'agit de se détacher de la course à l'argent, au "toujours plus", pour développer la tempérance solidaire.
Pour le dire dans les termes qu'emploie René Girard, sortir du désir mimétique qui engendre la violence.
Passer du désir d'avoir à la soif d'être. Tout un programme !
L'emprise de l'économie sur les sociétés modernes ne fait qu'un avec le retrait du sacré qui les constitue.
Ce retrait est lui-même concomitant d'un déchaînement de la concurrence entre les hommes et des passions destructrices qui l'accompagne comme jamais il ne s'en est produit dans l'histoire.
Le paradoxe […] est le suivant :
l'économie théorique et la pensée politique qu'elle inspire nient qu'il y ait ici une quelconque menace pour la stabilité des sociétés et le bien-être de leurs membres.
Les économistes utilisaient naguère l'expression en forme d'oxymore, la “concurrence pure et parfaite”, pour asseoir cette dénégation.
Cette formule signifiait que les gens n'avaient en fait pas besoin de se rencontrer ni d'échanger autre chose que des marchandises, encore moins de s'aimer, pour former une société efficace et pacifiée.
Cette utopie en forme de cauchemar est peut-être le prix à payer par une société désormais dépourvue des protections que le sacré lui assurait.
L'économie, à la fois réalité et pensée, occupe en creux la place du sacré.
          J.P. Dupuy, La marque du sacré