Société de consommation / Commerce / Acheteurs dociles
MàJ 14 novembre 2015      

Les consommateurs ignorants sont les meilleurs clients

Le consommateur ou le citoyen est de plus en plus souvent invité à payer sans comprendre.
Cela se fait délicatement. Celui qui le veut vraiment peut toujours passer quelques heures pour se renseigner, il saura. Pour peu de temps, car tout change vite...
Conséquence inévitable de la complexité technique croissante ? Ou stratégie délibérée ?

Ed et les cartes de fidélité

J'appréciais le magasin Ed, près de chez moi. Des prix en moyenne bas sans promotions. Quel repos pour l'acheteur de ne pas avoir à déchiffrer les offres soi-disant alléchantes !
Hélas, ils se sont agrandis et y sont venus. Non seulement aux promotions (on trouve donc le même article à deux ou trois endroits du magasin), mais aussi à la carte de fidélité.

Vu le nombre de cartes que j'ai, je suis sûrement un modèle de fidélité !

Grâce à cette carte, j'ai eu plusieurs bons de réduction valables environ 3 semaines, chacun portant sur une dizaine d'offres. J'ai pensé à les amener la fois suivante (c'est rare)... mais comment savoir si ce qui était dans mon caddy correspondait aux réductions accordées ?
Je les ai présentés à la caissière qui les a simplement scannés, et l'ordinateur a fait le tri.
C'est prévu comme ça. Le client n'a pas à comprendre les offres promotionnelles. Il suffit qu'il soit un mouton confiant, obéissant.

Quand on se fait tondre, pour rester heureux, mieux vaut ne pas le savoir !

Il est interdit de comprendre : autres exemples

Les temples du commerce plongent le consommateur dans une inévitable et douce "musique" et un tourbillon de lumières et de couleurs qui les empêchent de réfléchir.
Les spots publicitaires utilisent le même procédé pour faire avaler le message sans recul critique.
L'Être humain, Temple de Dieu, est transformé en acheteur compulsif dans les temples de Satan.

Microsoft – et encore davantage Apple – nous invite à "consommer" de l'informatique sans comprendre - voir l'article sur l'explorateur de fichiers.
Rares sont ceux qui préfèrent Linux. Pourquoi ?

Le chèque emploi (service ou associatif) permet de payer les charges sociales sans les comprendre.
Pourquoi masquer la complexité au lieu de simplifier ? Incapacité ou volonté délibérée ?

L’État calcule pour le contribuable le montant de l'impôt sur le revenu. Celui-ci n'ayant plus besoin de calculer, on ne lui donne même plus les formules et paramètres utilisés. S'il veut comprendre, il lui faut chercher sur internet, et comme d'année en année, tout se complique, il renonce.

Simplifier ?

Pendant longtemps, j'ai cru sincères les discours politiques sur la simplification administrative. Simplement, c'était une tâche longue et difficile, il y avait toujours plus urgent.

Je crois maintenant qu'il y a une connivence générale pour ne pas simplifier.
  • Pour les fournisseurs, c'est tellement plus facile d'avoir des clients qui ne comprennent pas !
  • La complexité est comme le secret militaire : un moyen de cacher ce dont on n'est pas fier.
  • Pour l'Etat, la complexité est bonne pour la croissance. Elle oblige à créer des emplois de spécialistes : comptables, experts en sécurité, avocats, fiscalistes, agents immobiliers...
  • Ces spécialistes ancrent leur raison d'être sur la complexité des lois.
  • Les syndicats sont de farouches défenseurs de tous les emplois, aussi inutiles soient-ils. Ils ne veulent surtout pas d'un "progrès" qui obligerait à des réorganisations.
  • Le consommateur / citoyen, s'il demandait à comprendre, se trouverait co-responsable de problèmes difficiles. Au fond, il préfère profiter du système que de le remettre en cause.
Le consensus est donc général : mieux vaut payer que simplifier. Mieux vaut consommer passivement que réfléchir.
C'est au point que nous (le peuple et ses responsables) avons laissé se creuser un déficit budgétaire abyssal. En 2011, il est prévu qu'il augmente "seulement" de 91,6 milliards, pour 271,8 milliards de recettes !
Comment se fait-il que le peuple descende dans la rue pour défendre ses retraites, et laisse s'aggraver ce qui ne peut mener qu'à un effroyable chaos ?
Notre lacheté n'a pas de limites ! Pourquoi ?
Le système économique
complique ce qui est simple
pour rendre payant ce qui est gratuit